Sur la frontière entre prestation de services agricoles et cession prohibée de droit au bail rural

Source : Quinzomadaire n°20, 16 octobre 2026

Dans cette vingtième édition du quinzomadaire, retrouvez l’édito de Franck Roussel et Isabelle Roussel, « Entreprise de travaux agricoles : jusqu’où le preneur peut-il déléguer ? – Sur la frontière entre prestation de services agricoles et cession prohibée de droit au bail rural » publié dans la Semaine Juridique Notariale et Immobilière n°39 du 25 septembre 2026 avec l’aimable autorisation de l’équipe de rédaction que nous remercions.

Entreprise de travaux agricoles : jusqu’où le preneur peut-il déléguer ? – Sur la frontière entre prestation de services agricoles et cession prohibée de droit au bail rural

Par Franck Roussel docteur en droit, directeur adjoint du Centre de recherches, d’information et de documentation notariales (CRIDON) Sud-Ouest, chargé d’enseignement à l’université de Bordeaux et à l’université de Bourgogne et Isabelle Roussel, diplômée notaire, consultante au CRIDON Sud-Ouest

Solution. – La Cour de cassation se prononce sur les conditions dans lesquelles un fermier peut avoir recours à une entreprise de travaux agricoles, afin de l’aider dans son exploitation, sans encourir le grief d’une cession prohibée de bail rural. Par un arrêt en date du 16 octobre 2025, les hauts magistrats approuvent ainsi une cour d’appel d’avoir souverainement déduit des éléments de preuve qui lui ont été soumis que le preneur, bien qu’ayant recours à des prestataires de services afin de l’assister dans son exploitation, avait exploité personnellement les terres louées, et en avait conservé la maîtrise et la disposition, et retenu, à bon droit, qu’il n’avait pas abandonné leur jouissance à des tiers.

Impact. – Cette décision, bien qu’elle soit inédite au Bulletin des arrêts, mérite de retenir l’attention des notaires. En effet, rapprochée d’un autre arrêt rendu par la même formation de la Cour de cassation en 2024, elle permet – lorsque le fermier recourt à des prestataires de services – de tracer une ligne de partage entre une simple modalité d’exploitation des biens loués d’une part, et un agissement fautif d’autre part.

Cass. 3e civ., 16 oct. 2025, n° 24-16.615, JurisData n° 2025-020087 ; F-D : JCP N 2025, n° 49, act. 1417

Note :

Un arrêt rendu par la troisième chambre civile de la Cour de cassation le 16 octobre 2025 revient sur les conditions dans lesquelles un fermier peut avoir recours à des prestataires de services, afin de l’aider dans son exploitation, sans encourir le grief d’une cession prohibée de bail (V. Cass. 3e civ., 16 oct. 2025, n° 24-16.615 : JurisData n° 2025-020087 ; JCP N 2025, n° 49, act. 1417 ; RD rur. 2025, comm. 42, note S. Crevel ; RLCF 2025, n° 1062-26, p. 32, analyse N. Dissaux ; DEF 15 janv. 2026, n° DEF229I8, p. 13, note D. Krajeski). En l’espèce, la cour d’appel a relevé que la preneuse établissait avoir loué un automoteur afin d’effectuer des traitements et de l’épandage, acheté des apports en blé, orge et colza, commandé des céréales, blés fourragers et produits phytosanitaires, et s’être vu facturer des prestations de stockage. Elle a également retenu qu’elle produisait une attestation certifiant qu’elle conduisait les tracteurs afin de réaliser les travaux agricoles, et que son emploi d’aide-soignante n’était pas de nature à la priver de sa qualité d’exploitante agricole. Dans ce contexte, les hauts magistrats ont approuvé la cour d’appel, qui en a souverainement déduit que ladite preneuse, bien qu’ayant eu recours à des prestataires de services afin de l’assister dans son exploitation, avait exploité personnellement les terres et conservé la maîtrise et la disposition des parcelles, et retenu, à bon droit, qu’elle n’avait pas abandonné leur jouissance à des tiers.

1. Contexte 

L’interdiction de céder le bail rural. – Le bail rural statutaire se distingue à bien des égards des autres baux d’immeubles. Ainsi, par exemple, les dispositions du statut du fermage et du métayage relatives à la transmission entre vifs du bail impriment-elles au droit de jouissance du fermier (ou du métayer) un caractère strictement personnel. En effet, l’article L. 411-35, alinéa 1er, du Code rural et de la pêche maritime pose le principe suivant lequel toute cession de bail est interdite (sauf les cessions consenties, sous certaines conditions, dans le cadre familial, entendu strictement ; V. C. rur., art. L. 411-35, al. 1er, 1re disp.). La sous-location du bail rural est pareillement prohibée (V. C. rur., art. L. 411-35, al. 5). Ce dispositif légal contraste donc avec les solutions retenues par le droit commun des baux (V. C. civ., art. 1717), et par les autres statuts locatifs spéciaux (V. L. n° 89-462, 6 juill. 1989, art. 8. – C. com., art. L. 145-31). Le caractère d’ordre public de direction conféré à ces dispositions (C. rur., art. L. 411-35, al. 7) achève de renforcer le particularisme du statut des baux ruraux.

Les sanctions encourues. – En cas de cession prohibée du droit au bail, le fermier (comme le métayer) s’expose à voir son bail résilié pour faute (V. C. rur., art. L. 411-31, II, 1°). Cette sanction est encourue d’une manière que la doctrine qualifie de « péremptoire », c’est-à-dire que le juge doit la prononcer, sans que le bailleur soit tenu de démontrer qu’elle est de nature à compromettre la bonne exploitation du fonds (V. not. Cass. 3e civ., 6 juin 2019, n° 17-21.335 : JurisData n° 2019-010602 ; Rev. Loyers 2019, n° 3245, p. 412, note Fr. Roussel). La cession consentie en violation des règles légales est également frappée d’une nullité d’ordre public (V. Cass. soc., 29 mai 1959, n° 57-12.561 : Bull. civ. IV, n° 629) de direction (V. not. Cass. 3e civ., 5 mars 1997, n° 95-19.062 : JurisData n° 1997-000889 ; JCP G 1998, I, 113, obs. G. Virassamy ; RD rur. 1998, p. 209, obs. Fr. Roussel). Enfin, le preneur s’expose à une condamnation aux dommages-intérêts résultant de l’inexécution du bail (V. C. rur., art. L. 411-31, II, al. 2. – V. not. Cass. 3e civ., 8 oct. 1985 : JCP N 1986, II, p. 213, obs. J.-P. Moreau). Indépendamment des sanctionsdirectes de la cession prohibée, le preneur s’expose également à un refus de renouvellement du bail (C. rur., art. L. 411-46, al. 3, et L. 411-53 comb.), et à la perte du bénéfice du droit de préemption en cas de vente de l’immeuble loué (C. rur., art. L. 412-1, al. 1er. – Rappr., pour une sous-location irrégulière, la solution étant transposable au cas de cession prohibée, Cass. soc., 27 janv. 1960, n° 58-11.688 : Bull. civ. IV, n° 86, et les arrêts cités). La gravité et la sévérité des sanctions encourues méritent ainsi de retenir l’attention des preneurs et de leurs conseils, notamment lorsque les premiers envisagent de recourir à une entreprise de prestation de services agricoles.

Le recours à des prestataires de services en matière agricole vaut-il cession de bail ? – Le recours, par les agriculteurs, à des prestataires de services agricoles est un phénomène en pleine expansion dans les campagnes françaises (V. not. G. Nguyen, F. Purseigle, J. Brailly et B. Legagneux, Sous-traitance et délégation du travail : marqueurs des mutations de l’organisation de la production agricole : NESE n° 47, juill. 2020, p. 43. – G. Nguyen, F. Purseigle, J. Brailly et M. Marre, La sous-traitance des travaux agricoles en France : une perspective statistique sur un phénomène émergent : Économie et statistiques 2022, 532-33, p. 89). Cette pratique, licite en elle-même, se heurte toutefois au statut du fermage lorsque les terres sont exploitées en vertu d’un bail.

Néanmoins, le fait – pour un preneur à bail rural – de se faire aider par des tiers pour la réalisation des travaux agricoles, fût-ce de manière systématique, ne permet pas en soi de présumer qu’il a véritablement cédé son bail.

Attention :

Conformément au droit commun de la preuve, il revient au contraire au bailleur qui invoque une telle cession d’établir positivement que le preneur a véritablement abandonné la jouissance des biens loués à ce tiers. Or, dans certaines situations, le doute est permis, et on peut se demander s’il ne s’agit pas plutôt d’une simple modalité d’exploitation du fonds affermé.

2. Analyse 

Les faits. – L’affaire est la suivante : par deux actes du 27 décembre 2001, des propriétaires consentent des baux ruraux à long terme sur diverses parcelles agricoles leur appartenant, que la preneuse met à disposition d’une exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) dont elle est associée unique. Suivant acte du 31 décembre suivant, elle constitue avec ses deux frères une autre société, qui procède au rachat du matériel agricole de l’EARL. Puis, à compter de l’année 2010, la preneuse charge cette société de réaliser un certain nombre de travaux agricoles. Après s’être fâchée avec ses frères, elle a recours à deux autres sociétés de travaux agricoles. C’est dans ces conditions que les propriétaires-bailleurs saisissent le tribunal paritaire des baux ruraux d’une demande de résiliation des baux ruraux, pour cession prohibée du droit au bail.

Le pourvoi. – Leur demande ayant été rejetée à hauteur d’appel (V. CA Dijon, 18 avr. 2024, n° 21/00912 : JurisData n° 2024-006438), les bailleurs forment un pourvoi en cassation. À l’appui de celui-ci, ils affirment notamment que la preneuse ne peut se limiter à la direction et à la surveillance de l’exploitation, et qu’elle doit participer personnellement sur les lieux aux travaux de façon effective et permanente. Aussi, il s’ensuit, selon eux, qu’en ayant recours, de façon systématique, à un prestataire de services afin d’exploiter les terres louées, elle a procédé à une cession de bail prohibée. Dès lors, ils reprochent à la cour d’appel de ne pas avoir tiré les conséquences légales de ses propres constatations, et d’avoir ainsi violé les articles L. 411-31 et L. 411-35 du Code rural et de la pêche maritime, dès lors qu’il était établi que la preneuse avait conclu différents contrats de prestations de services de travaux agricoles de l’année 2010 au 15 décembre 2016, pour aussitôt, à partir de janvier 2017, confier les travaux d’exploitation des parcelles louées à d’autres sociétés de travaux agricoles.

La solution retenue. – Cette argumentation (ici résumée) est demeurée sans écho devant la Cour de cassation. Les hauts magistrats remarquent tout d’abord que la cour d’appel de Dijon a constaté que la preneuse établissait avoir loué un automoteur au titre des saisons 2018/2019 afin d’effectuer des traitements et de l’épandage, avoir acheté par le biais de l’EARL en 2015 et 2016, des apports en blé, orge, et colza, avoir commandé de manière très régulière en 2017, 2018 et 2019, des céréales, blés fourragers et produits phytosanitaires, et s’être vu facturer des prestations de stockage. Ils observent ensuite qu’elle a relevé que l’exploitante produisait une attestation du 22 janvier 2021 établie par le maire de la commune, lequel certifiait qu’elle conduisait les tracteurs afin de réaliser les travaux agricoles, tels que la préparation des semailles, le broyage des cailloux, le transport des céréales et de la paille. Enfin, ils soulignent que la cour d’appel a retenu que l’emploi d’aide-soignante de la preneuse n’était pas de nature à la priver de sa qualité d’exploitante agricole. Aussi, estiment-ils que la cour d’appel a ainsi procédé aux recherches prétendument omises, et qu’elle a pu en déduire souverainement que la preneuse, bien qu’ayant recours à des prestataires de services afin de l’assister dans son exploitation, avait exploité personnellement les terres et conservé la maîtrise et la disposition des parcelles. Ils l’approuvent donc d’avoir retenu qu’elle n’avait pas abandonné leur jouissance à des tiers. Le moyen n’étant pas fondé, le pourvoi est rejeté.

Le fondement de la solution. – L’arrêt rapporté s’inscrit dans un courant jurisprudentiel bien établi, qui impose au preneur à bail rural d’exploiter effectivement et personnellement le bien loué. Ainsi, dans plusieurs décisions précédentes relatives à l’interdiction de céder le bail, la troisième chambre civile de la Cour de cassation a-t-elle fait état, d’une part, de « l’obligation du preneur en place (d’)exploiter activement et personnellement » les parcelles données à bail (V., Cass. 3e civ., 4 juill. 2019, n° 18-15.247 : JurisData n° 2019-011951, inédit : RD rur. 2019, comm. 96, note S. Crevel. – Rappr. Cass. 3e civ., 25 avr. 2024, n° 22-19.931 : JurisData n° 2024-007654, inédit : RD rur. 2024, comm. 27, note S. Crevel) et, d’autre part, de l’exigence de leur exploitation effective par le preneur lui-même, c’est-à-dire d’une « participation effective et permanente » aux travaux de l’exploitation (V. not., en cas de mise à disposition de biens loués, Cass. 3e civ., 12 oct. 2023, n° 21-20.212 : JurisData n° 2023-017259 et 21-22.101 : JurisData n° 2023-017257, publiés au Bulletin : D. 2024, p. 247, note J.-J. Barbièri et Fr. Roussel. – Cass. 3e civ., 26 sept. 2024, n° 23-14.685 : JurisData n° 2024-016630, 23-13.893 : JurisData n° 2024-016628 et 23-12.967 : JurisData n° 2024-016629, publiés au Bulletin : D. 2025, p. 434, note Fr. Roussel).

Une solution fondée en droit. – Outre le fait qu’elle s’inscrit ainsi dans une jurisprudence désormais constante de la Cour de cassation, la solution retenue paraît parfaitement fondée en droit. Elle résulte, en effet, de la combinaison de différents textes du Code civil et du Code rural et de la pêche maritime applicables au bail rural. C’est ainsi que la notion de jouissance effective et personnelle du preneur à bail rural s’évince des dispositions mêmes de l’article 1766 du Code civil et des articles L. 411-27, L. 411-31 et L. 411-72 du Code rural et de la pêche maritime. Ces textes imposent en effet au fermier d’exploiter le fonds loué, c’est-à-dire de le cultiver et de l’entretenir, sauf à encourir la résiliation du bail pour faute, et à engager sa responsabilité en fin de bail.

Cette obligation incombant au preneur présente ensuite un caractère personnel très accusé, qui résulte notamment des dispositions des articles L. 411-35 et suivants du même code. En effet, en dehors de la famille du preneur, entendue de manière plus ou moins stricte (V. C. rur., art. L. 411-35, al. 1er, 1re disp. – V. également, plus souple, C. rur., art. L. 412-5, al. 1er), et sauf existence régulière de l’une des conventions prévues par les articles L. 411-35 à L. 411-39 du Code rural et de la pêche maritime, toute association d’un tiers à l’exploitation des biens loués tombe par principe sous le coup de la prohibition des cessions et/ou sous-locations de bail (V. not. Cass. 3e civ., 1er févr. 2018, n° 16-18.724 : D. 2018, p. 881, note Fr. Roussel ; D. 2018, p. 884, note J. François).

Enfin, la jouissance active et personnelle du preneur sur le fonds loué ne se limite pas aux seules direction et surveillance de l’exploitation. Le fermier et/ou le métayer doit, au contraire, participer sur les lieux aux travaux de façon effective et permanente, selon les usages de la région et en fonction de l’importance de l’exploitation. Ces exigences sont énoncées par les articles L. 411-37, III (al. 1er), L. 411-46 (al. 3), L. 411-59 (al. 1er) et L. 412-5 (al. 4) du Code rural et de la pêche maritime.

En l’espèce. – Le recours par le preneur à des prestataires de service afin de l’assister dans son exploitation ne pouvait pas être sanctionné par la résiliation du bail rural sur le fondement des dispositions de l’article L. 411-35 du Code rural et de la pêche maritime. En effet, la cour d’appel a souverainement apprécié qu’il était établi, d’une part, que la preneuse exploitait personnellement les terres et, d’autre part, qu’elle avait conservé l’entière maîtrise et la disposition des parcelles louées. Par conséquent, le simple fait qu’elle exerce une profession non agricole en parallèle ne suffisait pas à caractériser une cession de bail, dès lors qu’aucun abandon de la jouissance n’était intervenu. Or, la loi (V. C. civ., art. 1216), comme la jurisprudence civile ancienne (V. Cass. soc., 30 mai 1960 : Bull. civ. IV, n° 571) et rurale récente (V. not., en cas de mise à disposition de biens loués, Cass. 3e civ., 12 oct. 2023, n° 21-20.212 : JurisData n° 2023-017259 et 21-22.101 : JurisData n° 2023-017257, publiés au Bulletin : D. 2024, p. 247, note J.-J. Barbièri et Fr. Roussel. – Cass. 3e civ., 26 sept. 2024, n° 23-14.685 : JurisData n° 2024-016630, 23-13.893 : JurisData n° 2024-016628 et 23-12.967 : JurisData n° 2024-016629, publiés au Bulletin : D. 2025, p. 434, note Fr. Roussel), imposent qu’une substitution de personnes dans l’exploitation du fonds loué soit caractérisée positivement pour sanctionner par la résiliation une cession prohibée de bail rural (V., sur la question, Fr. Roussel, Mise à disposition irrégulière des biens loués versus cession prohibée de bail rural après l’ordonnance du 13 juillet 2006, in Le droit rural au XXIe siècle : réformes faites, à faire, à (surtout) ne pas faire (dir.) D. Krajeski : Presses de l’Université de Toulouse, coll. Actes de colloques, n° 21, à paraître). La solution retenue doit ainsi être fermement approuvée.

3. Portée

Un arrêt d’espèce ? – En droit strict, l’arrêt du 16 octobre 2025 sous commentaire, comme son précédent direct (Cass. 3e civ., 25 avr. 2024, n° 22-19.931: JurisData n° 2024-007654), constitue incontestablement un arrêt d’espèce (d’ailleurs, aucun des deux arrêts n’a eu les honneurs du Bulletin). En effet, ce sont à chaque fois non seulement les circonstances particulières de l’affaire, mais aussi – et surtout – le travail d’analyse effectué par les juges du fond, qui justifient la décision rendue par la Cour de cassation.

Mais, il doit être relevé que la solution s’appuie très clairement sur un mouvement plus large. En effet, il se dégage en jurisprudence une obligation générale du preneur en place d’exploiter activement et personnellement les biens loués, qui implique qu’il conserve la maîtrise et la disposition des parcelles louées. Or, bien que les articles L. 411-31 et L. 411-35 du Code rural et de la pêche maritime ne l’imposent pas formellement, les juges du fond, comme la Cour de cassation, s’y réfèrent indubitablement dans cette affaire, pour décider que le preneur à bail rural n’a pas, en l’espèce, procédé à une cession prohibée du bail.

L’obligation d’exploiter du preneur à bail rural. À l’origine, les textes applicables au bail rural imposaient seulement au fermier d’exploiter correctement le fonds loué, c’est-à-dire de le cultiver et de l’entretenirraisonnablement. L’obligation d’exploitation effective et personnelle a ensuite été consacrée formellement à l’égard du bénéficiaire de la reprise pour exploiter. En effet, celui-ci doit « se consacrer à l’exploitation du bien repris », « il ne peut se limiter à la direction et à la surveillance de l’exploitation et doit participer sur les lieux aux travaux de façon effective et permanente, selon les usages de la région et en fonction de l’importance de l’exploitation », et « il doit posséder le cheptel et le matériel nécessaires ou, à défaut, les moyens de les acquérir » (ces dispositions résultent aujourd’hui de l’article L. 411-59 du C. rur.). Simultanément, le preneur qui revendique le droit au renouvellement y a également été soumis (C. rur., art. L. 411-46, al. 3, qui renvoie à l’article L. 411-59 du C. rur.). Cette contrainte a ensuite été progressivement imposée au preneur qui met les biens loués à la disposition d’une société d’exploitation agricole, et au bénéficiaire de l’exercice du droit de préemption (ces dispositions résultent aujourd’hui des articles L. 412-12 du C. rur., qui renvoie à l’article L. 411-59, et de l’article L. 411-37, III, du C. rur.).

L’exploitation effective et personnelle par le preneur à bail rural. – Depuis lors, la jurisprudence tend à étendre le champ d’application de cette obligation d’exploitation effective et personnelle en dehors des hypothèses strictement visées par la loi (V., soumettant l’exercice même du droit de préemption à l’exploitation effective et personnelle par le preneur, Cass. 3e civ., 10 sept. 2020, n° 19-11.556, inédit : Ann. loyers, 2020, 11.2020, obs. D. Krajeski), en particulier lorsqu’il s’agit de s’assurer que le preneur à bail n’a pas procédé à une cession prohibée de droit au bail ou à une sous-location.

Remarque :

Le preneur qui entend démontrer qu’il respecte cette obligation doit alors apporter une double preuve : non seulement il participe aux travaux agricoles, mais en outre il a conservé la maîtrise et la disposition des biens loués.

La maîtrise et la disposition des biens loués. – La possibilité de recourir à une main-d’œuvre salariée, permanente ou saisonnière, n’a jamais été contestée au preneur à bail rural. Dans cette hypothèse, il utilise la force de travail de ses employés, lesquels en tant que subordonnés, agissent au nom et pour le compte de leur employeur. En revanche, lorsque le preneur fait appel à un entrepreneur de travaux agricoles, ce dernier agit en tant qu’entité juridique indépendante. C’est dans ce contexte que le preneur, s’ildélèguetrop de tâches et d’initiatives au prestataire, est le plus susceptible de perdre peu à peu « la maîtrise et la disposition des parcelles louées » (V. Cass. 3e civ., 25 avr. 2024, n° 22-19.931 : JurisData n° 2024-007654). C’est la raison pour laquelle la cour d’appel, approuvée par la Cour de cassation, a pris soin de relever que la preneuse avait elle-même acheté des apports en blé, orge, et en colza, commandé des céréales, des blés fourragers et des produits phytosanitaires, et payé des prestations de stockage. Autrement dit, elle avait conservé, en quelque sorte, la direction de l’exploitation. Mais cela n’est pas suffisant.

La participation aux travaux agricoles. – S’il n’est en principe pas interdit à un preneur à bail rural statutaire d’avoir recours aux services d’un tiers afin de l’assister dans la conduite des travaux de l’exploitation, c’est à condition qu’il participe lui-même, de manière effective et permanente, aux travaux de l’exploitation (rappr., concernant le bailleur exerçant la reprise pour exploiter, Cass. 3e civ., 27 nov. 1969 : Bull. civ. III, n° 766. – Cass. 3e civ., 18 juill. 1979, n° 78-12.686 : Bull. civ. III, n° 159 ; D. 1980, IR, p. 102, obs. E.-N. Martine). Ainsi, au regard des textes du Code rural et de la pêche maritime, un « bon » preneur à bail ne doit-il pas se contenter de diriger l’exploitation et de surveiller les travaux réalisés par d’autres. Il doit impérativement « participer sur les lieux aux travaux de façon effective et permanente, selon les usages de la région et en fonction de l’importance de l’exploitation » (rappr. C. rur., art. L. 411-46, al. 3, et L. 411-59, al. 1er comb.).

Attention :

La participation concrète du preneur aux travaux doit donc également être proportionnelle à la taille et à la nature de l’exploitation. Car, à ce jour, le statut du fermage et du métayage, largement exorbitant par rapport au droit commun du bail, ne vise qu’à protéger les « véritables » exploitants agricoles, ceux qui « mettent les bottes » (ou au moins montent dans le tracteur), et non les simples chefs d’entreprises, qui font travailler les autres.

Participation aux travaux et cession prohibée de droit au bail. En ce qui concerne plus particulièrement la cession prohibée du droit au bail, les textes applicables (C. rur., art. L. 411-31 et L. 411-35) n’exigent pas formellement une participationconcrète aux travaux agricoles. Nonobstant, il se dégage en jurisprudence une obligation générale d’exploitation effective et personnelle des biens loués. C’est la raison pour laquelle, en l’espèce, la cour d’appel, approuvée par la Cour de cassation, a pris soin de noter qu’une attestation du maire de la localité certifiait que la preneuse conduisait les tracteurs afin de réaliser les travaux agricoles tels que la préparation des semailles, le broyage des cailloux, le transport des céréales et de la paille. Elle a également relevé que, bien que l’EARL bénéficiaire de la mise à disposition ait vendu le matériel qu’elle possédait, elle avait loué un automoteur.

En ce qui concerne le recours aux ETA. – L’importance et la nature des tâches confiées par le preneur à une entreprise de travaux agricoles (ETA) dans le cadre de l’exploitation du fonds affermé, lesquelles peuvent être très diverses en pratique (V., B. Frécenon, J.-M. Marx et N. Petit, Nouvelles formes de travail en agriculture : min. Agr., CGAAER, Rapp. n° 20090, juill. 2021, p. 11 s.), s’avèrent donc déterminantes (V. également, en ce sens, B. Grimonprez et H. de Ferrière, Le travail agricole à façon : des tribulations à la régulation : Dict. Perm. Entr. agr., Bull. n° 521, sept. 2018, Zoom sur… p. 1, spéc. p. 3). Il se peut, d’abord, que la délégation soit intégrale, et que l’ETA soit véritablement substituée au preneur dans l’exercice de l’activité agricole, comme dans l’arrêt précité du 25 avril 2024. Dans ce cas, le preneur ne conserve pas la maîtrise et la disposition des parcelles louées, lesquelles sont transmises à l’entrepreneur de travaux agricoles. Le fermier encourt alors la résiliation du bail pour faute (pour une cession de bail, V. Cass. 3e civ., 25 avr. 2024, n° 22-19.931 : JurisData n° 2024-007654. – Pour une sous-location prohibée, V. Cass. 3e civ., 18 déc. 2002, n° 01-11.812, inédit).

Au contraire, le preneur peut continuer à diriger lui-même l’exploitation (en décidant des commandes, des semailles et des récoltes), et ne confier à l’entreprise que quelques travaux ponctuels et déterminés. La direction de l’exploitation, comme sa participation aux travaux, continuent alors de constituer la composante essentielle du processus de production agricole, de sorte qu’il ne transfère ni la maîtrise ni l’exploitation des terres louées.

Mais dans les faits, la situation est parfois plus contrastée. Tout est alors question de mesure. Pour écarter la cession prohibée du droit au bail, il convient de s’assurer que le preneur a – malgré tout – conservé la maîtrise et l’exploitation des terres louées. À cet égard, la jurisprudence invite à vérifier non seulement que le preneur continue à prendre les décisions importantes qui rythment la vie de l’exploitation, mais également qu’il participe aux travaux de manière effective et permanente. Le fait que le recours aux services d’une entreprise tierce soit « systématique », ou que le preneur soit pluriactif (il convient alors, en outre, de vérifier que l’activité non-agricole est conciliable avec l’exploitation des biens loués), ne suffit donc pas à caractériser l’abandon de la jouissance par le preneur. L’analyse rigoureuse effectuée par les juges du fond dans cette affaire, reprise point par point par la Cour de cassation, sera d’une aide précieuse. Un rapprochement avec la jurisprudence, fournie, rendue en matière d’exercice du droit de reprise par le bailleur pourra également se révéler utile (Sur ce point, V. not. JCl. Baux ruraux, fasc. 250, par J.-P. Moreau et B. Grimonprez, § 106 et les réf. citées, 12 mai 2025).

Sur la nécessaire évolution de l’obligation d’exploitation du preneur à bail. – Un dernier point mérite un bref développement. Il concerne la pertinence de l’obligation faite au preneur d’accomplir une part non négligeable des travaux matériels d’exploitation sur le fonds loué. Si cette acception de la notion d’exploitation agricole, très primaireen quelque sorte, semble correspondre à la conception qu’en avaient les rédacteurs du statut du fermage et du métayage à l’origine, confirmée et confortée par la réforme opérée par l’importante loi du 30 décembre 1963 (V. L. n° 63-1332, 30 déc. 1963, art. 7 et 9 : JO 31 déc. 1963, p. 11895, subordonnant le droit de reprise du bailleur à la participation effective et permanente aux travaux et – surtout – le bénéfice du droit au renouvellement au respect de cette même obligation), elle peut paraître aujourd’hui obsolète, en droit des baux ruraux comme en droit rural en général (V. ainsi, en matière de contrat de travail à salaire différé, Fr. Roussel : JCl. Rural, V° Successions agricoles, fasc. 10, § 38, 12 nov. 2024).

Remarque :

Cette image de l’agriculture, telle qu’elle existait au siècle dernier, s’accorde mal avec la réalité contemporaine d’une participation plus « intellectuelle » de l’exploitant à la mise en valeur des biens (immeubles), comme à la vie de l’exploitation (entreprise). Les tâches purement administratives (tenue de la comptabilité, gestion administrative et financière, gestion des ressources humaines, démarches administratives diverses, déclarations PAC, commercialisation des récoltes, etc.), qui se retrouvent dans la notion de « maîtrise et disposition des biens loués », sont aujourd’hui aussi vitales pour l’exploitation agricole que les tâches matérielles de culture et d’entretien des terres, voire davantage.

Cette conception ancienne, qui n’envisageait l’activité agricole que sous l’angle de la mise en valeur des terres, ne fait aucun cas de l’exploitation (au sens d’entreprise) agricole moderne, sans laquelle cette mise en valeur n’est pas possible.

Faute d’adoption d’une conception élargie de l’obligation d’exploitation des biens loués (pourvu qu’elle demeure personnelle et professionnelle), le statut des baux ruraux pourrait bien se retrouver en rupture totale avec les nouvelles réalités de l’agriculture moderne.

Sur la notion d’activité agricole. – Plus généralement, c’est la notion même d’activité agricole en droit rural (au sens de l’article L. 311-1 du C. rur.) qui mériterait d’être repensée (que l’on songe aux « retouches » ponctuelles et parfois incohérentes, et aux « permissions » d’exercer des activités commerciales données aux sociétés agricoles, tel en dernier lieu l’article L. 320-1 du C. rur., créé par la loi n° 2025-268 du 24 mars 2025).

La doctrine dans son ensemble s’y montre favorable (V. not. J.-J. Barbièri, Quelle définition de l’activité agricole pour quel statut de l’agriculteur ? in La réforme du droit foncier rural : demander l’impossible, (dir.) B. Grimonprez : LexisNexis, 2018, p. 105, spéc. p. 107 s. -S. Crevel, Statut du fermage : la marche vers de nouveaux équilibres, in La réforme du droit foncier rural : demander l’impossible, préc., p. 153, spéc. p. 157 et s. – B. Grimonprez, La coexploitation agricole, in Mél. offerts à R. Le Guidec : LexisNexis, 2014, p. 673, spéc. n° 12, p. 677).

Mais il appartient au législateur seul de se saisir de cette difficulté, qui touche aux fondamentaux du statut du fermage et du métayage (et plus généralement du droit rural), et concourt directement à l’équilibre subtil de l’ordonnancement juridique en la matière. Faute d’intervention législative, il n’est pas dans le pouvoir des juges d’aller de l’avant.

Date : 16 octobre 2026

La rédaction

Source : Quinzomadaire n°20, 16 octobre 2026

Condition suspensive : provoquer sa défaillance ne permet pas toujours de la faire réputer accomplie

La condition suspensive ne peut être réputée accomplie, au sens de l’article 1304-3 du Code civil, qu’à titre de sanction contre le débiteur qui, obligé sous cette condition, en a empêché l’accomplissement, sans préjudice d’une éventuelle action en réparation de ce dernier, lorsque c’est le créancier qui en a provoqué la défaillance. C’est dès lors à bon droit qu’une cour d’appel retient que n’est pas réputée accomplie la condition stipulée dans l’intérêt du vendeur et défaillie par la faute de l’acquéreur.

Par un arrêt du 24 septembre 2026, la troisième chambre civile de la Cour de cassation précise l’application de l’article 1304-3 du Code civil relatif à la condition suspensive réputée accomplie, dans le prolongement de la jurisprudence antérieure à la réforme du droit des contrats (V. Cass. 1re civ., 23 nov. 1983, n° 82-14.827).

En l’espèce, une promesse de vente d’un ensemble immobilier a été conclue sous la condition suspensive de l’acceptation, par les crédit-bailleurs, de la levée anticipée par le vendeur de l’option d’achat dont il bénéficiait.Alors que l’acquéreur s’était initialement engagé à financer l’acquisition sur ses fonds propres, il a, peu avant l’échéance prévue pour la signature de l’acte authentique, sollicité l’introductiond’une condition suspensive d’obtention d’un prêt ainsi que le report de la date de réalisation de la vente. Ces demandes ayant été refusées, la condition suspensive liée à la levée de l’option n’a pas été réalisée.

C’est en vain que le vendeur, le commissaire à l’exécution du plan et le représentant des créanciers font grief à l’arrêt d’appel (CA Grenoble, 21 mars 2024, n° 22/02988) de rejeter leur demande en paiement d’une certaine somme au titre de la clause pénale.

Pour la Cour de cassation :

– conformément à l’article 1304-3 du Code civil, la condition suspensive ne peut être réputée accomplie qu’à titre de sanction contre le débiteur qui, étant obligé sous cette condition, en a empêché l’accomplissement ;

– ce texte est présenté dans le rapport au Président de la République du projet d’ordonnance portant réforme du droit des contrats, devenu l’ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016, comme la reprise à droit constant des règles du Code civil.

En l’espèce, la condition était stipulée dans l’intérêt du vendeur et sa défaillance avait été provoquée par l’acquéreur. Celui-ci n’étant pas le débiteur obligé sous cette condition, celle-ci ne pouvait être réputée accomplie sur le fondement de l’article 1304-3 du Code civil. La Cour de cassation approuve ainsi la cour d’appel d’avoir rejeté la demande fondée sur la clause pénale. Elle précise toutefois que le fait que la condition ne puisse être réputée accomplie ne fait pas obstacle, le cas échéant, à une éventuelle action en réparation contre celui qui a provoqué sa défaillance.

Entreprise agricole > Sociétés et autres groupements

Date : 02 octobre 2026

La rédaction

Source : Agridroit

Cass. 3e civ., 24 sept. 2026, n° 24-16.732, FS-B

Reconstruction d’un bastidon : une construction ancienne, même dégradée, n’est pas forcément une ruine

La restauration du bastidon peut être autorisée même s’il ne présente pas d’intérêt architectural ou patrimonial spécifique.

Peut être autorisée la restauration du bâtiment dont il reste l’essentiel des murs porteurs lorsqu’il présente un intérêt architectural ou patrimonial justifiant son maintien et sous réserve que ses principales caractéristiques soient respectées (C. urb., art. L. 111-23). Par conséquent, contrairement au bâtiment en ruine, une construction ancienne, même dégradée, située en zone N du plan local d’urbanisme (PLU), sans changement de destination, peut être réhabilitée ; elle n’est pas, en effet, considérée comme une construction nouvelle.

La propriétaire d’un bastidon provençal très ancien avait obtenu du maire un permis de construire pour son projet intitulé « rénovation d’un bastidon ». La préfète obtient, en première instance, l’annulation de l’arrêté municipal délivrant cette autorisation.  Selon elle, le projet ne respecte ni la loi ni les articles du plan local d’urbanisme (PLU) interdisant les constructions nouvelles (N1) et n’autorisant la transformation des bâtiments du secteur Ns en logements que dans les volumes existants (N2).

La propriétaire fait appel.  Le jugement du tribunal administratif de Nîmes est annulé.  

Ø  Sur le changement de destination du bâtiment

« Pour apprécier le changement de destination d’une construction, la jurisprudence considère qu’il convient de prendre en compte sa destination initiale, ainsi que tout changement intervenu ultérieurement. Le fait qu’une construction soit restée inoccupée pendant une longue période ne la prive pas de la destination qui ressort de ses propres caractéristiques « (Rép. min. n°  37112, JOAN Q 17 déc. 2013, p. 13289). 

Pour la préfète, le projet portait sur la rénovation d’un bastidon ne présentant pas les attributs d’une habitation mais ceux d’un bâtiment relevant de la destination « exploitation agricole et forestière », même si, à supposer qu’une habitation ait existé, il ne pouvait s’agir que du logement de fonction de l’agriculteur.

La cour administrative d’appel de Toulouse ne partage pas cette déduction. Il ne ressort pas, en effet, des caractéristiques architecturales du bâtiment litigieux qu’il était, lors de son édification au début du XIX e siècle et de manière continue par la suite, destiné par nature à un usage agricole et non à une habitation. Aucune pièce du dossier ne vient donc corroborer le fait que le bastidon aurait été utilisé à des fins agricoles ou forestières et serait amené à se transformer en logement.

Ø  Sur la méconnaissance des articles du PLU

La préfète prétendait également que le projet ne se bornait pas à une simple rénovation du bâtiment mais portait sur son extension verticale. Mais elle ne justifiait ni même n’alléguait que cette extension, une fois réalisée, serait supérieure à 20 % de l’emprise au sol de la construction. Elle ne pouvait donc soutenir qu’il ne respectait pas la règle N2 précitée du PLU.

Ø  Sur l’absence d’intérêt architectural particulier du bastidon

Une des qualités requises par l’article L.111-23 du Code de l’urbanisme pour justifier le maintien d’une construction ancienne et autoriser sa réhabilitation est son intérêt architectural ou patrimonial. Or, le bastidon litigieux ne présentait pas d’intérêt architectural spécifique. La préfète soutenait donc que le projet ne pouvait être autorisé faute de respecter cette exigence.

La CAA rejette ce moyen et précise la portée de l’article L. 111-23. Cet article « n’institue pas un motif autonome de refus de permis de construire mais seulement un droit à construire dérogatoire et soumis à conditions lorsque le PLU s’oppose à la délivrance d’un permis ». Il est donc, en l’espèce, sans incidence sur la légalité du permis accordé.

 Cour administrative d’appel, Toulouse, 4e chambre, 1 Octobre 2026 – n° 24TL02468.pdf

Date : 19 octobre 2026

La rédaction

Source : Agridroit

CAA Toulouse, 4ème ch. 1er oct. 2026, n° 24TL02468

Continuation du bail rural après le décès du preneur : la conformité au contrôle des structures s’apprécie au jour où le juge statue

Source Lexis Nexis du 08/10/2026

Au décès du preneur, le bail rural se poursuit au profit de son conjoint, partenaire de Pacs, ascendant ou descendant remplissant les conditions prévues par l’article L. 411-34 du Code rural et de la pêche maritime. Cette continuation est notamment subordonnée au respect des règles du contrôle des structures. La Cour de cassation précise que la conformité aux exigences du contrôle des structures s’apprécie au jour où le juge statue, et non à la date du décès du preneur.

En l’espèce, après le décès du preneur, son fils avait sollicité la continuation du bail à son profit.

Pour rejeter cette demande et valider la résiliation du bail, la cour d’appel d’Amiens ( CA Amiens, 12 nov. 2024, n° 23/03819 ) s’était placée à la date du décès et avait retenu que le fils ne justifiait pas, à cette date, être dispensé d’une autorisation d’exploiter, compte tenu notamment d’une superficie reprise de 183 ha 53 a 28 ca et de ses revenus extra-agricoles.

La Cour de cassation censure ce raisonnement. Après avoir rappelé sa jurisprudence selon laquelle la continuation du bail au profit de l’ayant droit est soumise au respect des exigences du contrôle des structures (Cass. 3e civ., 2 oct. 2002, n° 01-03.607 ; Cass. 3e civ., 13 juill. 2005, n° 04-12.265 ; Cass. 3e civ., 24 avr. 2013, n° 12-14.579), elle énonce que « cette condition de conformité au contrôle des structures s’apprécie au jour où le juge statue ».

En se plaçant à la date du décès, la cour d’appel a donc violé les articles L. 331-2 et L. 411-34 du Code rural et de la pêche maritime. L’arrêt est cassé sur ce point et l’affaire renvoyée devant la cour d’appel de Reims.

À retenir : la conformité au contrôle des structures s’apprécie au jour où le juge statue, et non au décès du preneur.


Source

Cass. 3e civ., 1er oct. 2026, n° 25-10.310, FS-B

© LexisNexis SA

Aide communautaire : montant minoré faute de justificatifs cohérents

La demande de paiement d’aide communautaire est refusée si les justificatifs des dépenses sont produits postérieurement au 15 février de l’année suivant l’exécution du programme opérationnel et s’ils ne sont pas probants.

Faute d’obtenir le montant de l’aide communautaire souhaité au titre du fonds opérationnel de 2019, l’association d’organisation de producteurs (AOP) de fruits et légumes CERAFEL a demandé au tribunal administratif de Rennes d’annuler les décisions de FranceAgriMer et d’enjoindre à l’établissement public de réexaminer ses demandes d’aide.

Le tribunal administratif rejette sa demande, son jugement est confirmé par la cour administrative d’appel de Nantes :

–       les justificatifs des dépenses ouvrant droit à l’aide ont été produits trop tardivement. La pratique évoquée par la requérante selon laquelle l’administration aurait admis antérieurement la production tardive de justificatifs, pratique qui n’est pas conforme à la réglementation, ne saurait donner naissance à une confiance légitime de l’opérateur économique qui en a bénéficié ;

–       ces justificatifs sont par ailleurs insuffisamment probants (Règl. (UE) 2017/892, 13 mars 2017, art. 26). Contrairement aux affirmations de la requérante, les éléments de preuve d’un paiement effectif des dépenses mentionnés à l’annexe de la Stratégie nationale ne procèdent pas d’un formalisme excessif par rapport à la réglementation européenne ;  

–       enfin aucune pièce de nature à permettre de vérifier la cohérence entre la rémunération demandée et l’action menée n’a été transmise aux contrôleurs de FranceAgriMer. La simple affirmation de ce qu’un contrôle interne de la facturation des prestations d’agréage et de programmation de cultures aurait été effectué par l’OP SCA Terres de Saint-Malo n’est pas de nature à justifier l’effectivité de ce contrôle.

Source . Agridroit Marché agricole et agroalimentaire > Politique agricole commune

Date : 12 juillet 2026 :

CAA Nantes, 4ème chambre, 12 juin 2026, n° 25NT00954Cour administrative d’appel, Nantes, 4e chambre, 12 Juin 2026 – n° 25NT00954.pdf

Qualité pour agir de l’actionnaire en réparation du préjudice de la perte d’avance en compte courant causé par l’inexactitude des comptes

Est recevable à agir en responsabilité contre le dirigeant de la société débitrice ou son commissaire aux comptes un actionnaire ou un investisseur qui, demandant la réparation du préjudice résultant de la perte des sommes qu’il avait, sur le fondement d’une présentation des comptes inexacte, avancées au compte courant de la société, invoque un préjudice personnel, distinct du préjudice collectif des créanciers, et étranger à la reconstitution du gage commun de ces derniers.

Un dirigeant et sa société d’investissement ont acquis des actions d’une société et versé une somme au compte courant de celle-ci. Après sa mise en liquidation judiciaire, estimant avoir investi sur la base d’informations comptables inexactes, ils ont assigné les commissaires aux comptes afin d’obtenir des dommages et intérêts en réparation de leurs préjudices.

Pour déclarer irrecevable l’action en réparation du préjudice relatif à l’avance en compte courant consentie, l’arrêt d’appel retient que la réparation du préjudice résultant de l’impossibilité d’obtenir le paiement de la créance ne constitue qu’une fraction du passif collectif dont l’apurement est assuré par le gage commun des créanciers et qu’il appartient au seul mandataire judiciaire de le reconstituer.

L’arrêt est censuré au visa des articles L. 622-20 et L. 641-4 du Code de commerce.

Si seul le liquidateur judiciaire a qualité pour agir au nom et dans l’intérêt collectif des créanciers, l’actionnaire est recevable à agir en réparation du préjudice résultant de la perte de l’investissement lié à l’acquisition d’actions de la société et consenti sur le fondement de fausses informations et d’une présentation de comptes inexacts. En effet, le préjudice invoqué est distinct du préjudice collectif des créanciers, étranger à la reconstitution du gage commun de ces derniers et revêt un caractère personnel.

Le préjudice personnel invoqué est celui causé par l’insincérité des comptes certifiés par le commissaire aux comptes et non par la défaillance de l’entreprise.

Excède ses pouvoirs en statuant au fond, la cour d’appel qui, après avoir jugé que l’action en indemnisation s’agissant de la somme avancée au compte courant est irrecevable, rejette sa demande en dommages et intérêt à ce titre. L’arrêt est partiellement cassé au visa de l’article 122 du Code de procédure civile.

  • V. arrêt qui retient que la perte des apports réalisés en qualité d’associé n’est qu’une fraction du préjudice collectif subi par l’ensemble des créanciers, dont l’associé ne peut demander réparation (Cass. com., 29 sept. 2015, n° 13-27.587 : JurisData n° 2015-021539 ; Act. proc. coll. 2015, alerte 287, J.-Ch. Pagnucco ; Rev. proc. coll. 2016, comm. 15, note F. Reille).

Source : Agridroit Entreprise agricole > Entreprise agricole en difficulté

Date : 22 juin 2026

Cass. com., 17 juin 2026, n° 25-13.536, F-B : JurisData n° 2025-006989

CUMA : formalisation des engagements d’activité de ses membres

Si les statuts le prévoient, la concrétisation de l’engagement des adhérents peut résulter d’un bulletin collectif, en ce cas, nul besoin d’établir un bulletin d’adhésion individuel à chaque membre.

Tout adhérent d’une coopérative d’utilisation de matériel agricole (CUMA) s’engage à souscrire des parts de capital social et à utiliser les services de la coopérative. Or, une agricultrice, à qui une CUMA réclamait le règlement de factures, a remis en cause son adhésion à la coopérative en raison :

–        du non-respect par la coopérative du formalisme imposé par les statuts, aucun bulletin individuel d’adhésion ne lui ayant été remis,

–        d’un défaut d’information sur ses engagements, le règlement intérieur ne lui ayant jamais été communiqué,

–        d’un dol et d’une erreur commis par la CUMA qui a omis de lui remettre un exemplaire du règlement intérieur, document qui lui aurait permis de mesurer la portée de ses engagements et de juger en toute connaissance de cause de la prestation fournie au regard des tarifs pratiqués.

En résumé, elle estime avoir été abusée par la CUMA. En effet, cette dernière ne lui a jamais notifié la portée de ses engagements et produit des factures pour le moins abusives au regard des services fournis (usage du matériel et travaux réalisés).

Ø  Sur le formalisme de son adhésion

La cour d’appel de Reims juge les bulletins d’engagements collectifs, fournis par la CUMA et prouvant les surfaces ou heures engagées, le montant des parts sociales souscrites et la signature des adhérents, conformes au formalisme imposé par les statuts. Ces bulletins ne sont que la formalisation des engagements d’activités des adhérents, la qualité d’associé coopérateur étant établie par la souscription ou l’acquisition d’une ou plusieurs parts sociales de la coopérative. Ils portent la mention selon laquelle les signataires, dont l’agricultrice en cause, déclarent souscrire, auprès de la société, le nombre de parts sociales correspondant à leur engagement respectif et précisent le montant des parts sociales souscrites pour chaque section concernée.

Par conséquent, elle estime que ces bulletins d’adhésion collectifs apportent la preuve de la souscription de parts sociales par l’agricultrice et donc sa qualité d’associé coopérateur, même si aucun bulletin individuel ne lui a été remis.

Ø  Sur la nullité de ses engagements

Constitue un dol, le fait pour un contractant d’obtenir le consentement de l’autre par des manœuvres, des mensonges ou la dissimulation d’information déterminante (C. civ., art. 1137).  Sur le fondement de cet article, l’agricultrice, estimant que la CUMA avait sciemment dissimulé la portée de ses engagements, demandait la nullité de son contrat d’adhésion. La cour d’appel s’appuie sur les pièces produites par la CUMA, notamment des témoignages d’adhérents selon lesquels le mode de fonctionnement a bien été exposé à l’occasion de réunions techniques ou administratives en la présence de l’agricultrice et de son fils, pour rejeter sa demande d’annulation pour dol. Tout est question de preuve. Et, en l’occurrence, les pièces et témoignages produits prouve que la CUMA a bien informé ses membres de son mode de fonctionnement.  La simple évocation d’un défaut d’information en raison de la non communication (non prouvée du reste) du règlement intérieur de la coopérative ne saurait suffire à justifier l’annulation des engagements de l’associée pour dol.

Ø  Sur l’usage du matériel de la CUMA

L’agricultrice prétendait avoir recouru aux services d’une société tierce pour réaliser des travaux sur son exploitation, ce qui prouvait qu’elle n’avait pas besoin de recourir aux prestations de la CUMA et que les factures émises étaient sans commune mesure avec l’usage du matériel et les services dont elle a profité.  De son côté, la CUMA prétendait que les statuts prévoyaient qu’une fois l’engagement pris, l’adhérent devaient payer même s’il n’utilisait pas le matériel à hauteur de ce qu’il avait annoncé. La cour d’appel rejette les arguments des uns et des autres : les factures produites par l’agricultrice étaient antérieures à son adhésion et les statuts ne prévoyaient pas de contrepartie financière en cas de non usage ou d’usage ponctuel du matériel.

En revanche, elle se fonde sur les messages et les témoignages produits, ainsi que les factures versées aux débats, pour faire droit à la demande de la CUMA. L’agricultrice a bien usé des services de la CUMA et doit en conséquence régler les sommes réclamées par la coopérative.

SOURCE AGRIDROIT :

CUMA : formalisation des engagements d’activité de ses membres

Entreprise agricole > Sociétés et autres groupements Date : 28 juin 2026

CA Reims, 10 février 2026, n° 24/01966

TROUBLE DE VOISINAGE: LES CLOCHETTES DES MOUTONS

Dans cette affaire, un riverain reprochait à ses voisins le tintement permanent des clochettes portées par plusieurs moutons pâturant à proximité immédiate de son habitation. Saisi en référé, le juge du fond avait retenu l’existence d’un trouble manifestement illicite et ordonné la suppression des clochettes.

Devant la Cour de cassation, les éleveurs ont cherché à déplacer le débat sur le terrain environnemental. Plus précisément, ils soutenaient que ces clochettes participaient à la protection du troupeau contre le retour du loup, objectif qui s’inscrit dans la préservation de la biodiversité et répond à l’intérêt général affirmé par l’article L. 110-1 du code de l’environnement. Dans un contexte où la présence croissante des grands prédateurs conduit les éleveurs à adapter leurs pratiques de surveillance et de protection des troupeaux, l’argument semblait percutant.

La Cour de cassation rejette toutefois le pourvoi.

Elle approuve les juges du fond d’avoir vérifié, d’une part, que le tintement des clochettes était permanent, de jour comme de nuit, et, d’autre part, que ce bruit ne constituait pas un « son caractéristique du milieu rural » concerné. Surtout, la cour d’appel avait constaté que les propriétaires disposaient déjà de chiens de protection spécialement dressés pour la défense du troupeau et que d’autres éleveurs voisins assuraient efficacement cette protection sans recourir à des clochettes. Celles-ci n’apparaissaient dès lors pas nécessaires à la protection du cheptel.

L’intérêt de l’arrêt dépasse sans doute l’anecdote des moutons sonneurs. Il rappelle que la qualification de trouble anormal de voisinage demeure fondamentalement concrète. Ni le caractère agricole d’une activité, ni même la poursuite d’un objectif environnemental légitime ne suffisent à justifier tout trouble. Encore faut-il démontrer que la nuisance constitue une conséquence normale ou nécessaire de l’activité exercée.

Cette décision dessine, comme habituellement, un droit tout en nuance qui ne calmera pas les velléités contentieuses des voisins…

On peut d’ailleurs s’interroger sur le sort qu’aurait connu cette affaire sous l’empire du nouvel article L. 311-1-1 du code rural et de la pêche maritime, issu de la loi du 15 avril 2024. La réponse est loin d’être évidente : le texte exige que l’activité agricole se poursuive « dans les mêmes conditions » pour préserver l’agriculteur du contentieux en matière de voisinage. Or, le voisin se plaignait en l’espèce précisément d’une nuisance apparue avec la pose récente des clochettes.

Les dessous de l’affaire…

Le tintement des clochettes dépassait en l’espèce la simple opposition entre un éleveur et son voisin. La lecture de l’arrêt rendu en appel (CA Bourges, 16 nov. 2023, n° 23/00212) révèle en effet que les parties n’ont pas été présentées l’une à l’autre par les moutons séparant leurs propriétés. Des contentieux les opposaient déjà, à propos d’inondations et d’une servitude. Lorsque les brebis sont entrées en scène, la paix du voisinage était manifestement déjà rompue.

Les propriétaires du troupeau expliquaient que, pour s’adapter au retour du loup dans la Nièvre, ils avaient investi dans des chiens de protection, suivi des formations spécialisées et participé à des actions de démonstration auprès d’autres éleveurs. Le voisin dénonçait toutefois les aboiements intempestifs et l’agressivité supposée de l’un des chiens, Phalco. Presque incidemment dans l’arrêt, on découvre que celui-ci est mort empoisonné au cours de la procédure. L’autre chien de protection, Ruby, a quant à lui été percuté par un véhicule. Au fil du contentieux, les moutons avaient donc perdu leurs gardiens. Les juges les condamnent ainsi, en pratique, à vivre sans clochettes, sauf pour leurs propriétaires à investir dans un nouveau chien, avec l’espoir qu’il n’aboie pas trop…

Les témoignages recueillis au fil de la procédure dessinent également les contours mouvants d’une petite communauté rurale. Ainsi, une habitante qui avait initialement attesté en faveur des éleveurs finit par produire une nouvelle déclaration dans laquelle elle explique être désormais incommodée par le tintement des clochettes lorsque le troupeau s’approche de son jardin. Changement de conviction ou lassitude progressive ? Le dossier ne le dit pas. Mais ce revirement illustre parfaitement la difficulté à tracer la frontière entre ce que chacun accepte comme relevant de la vie rurale et ce qui finit par devenir une nuisance.

L’affaire raconte finalement davantage qu’un contentieux de voisinage. Elle met en lumière les tensions qui accompagnent la transformation des campagnes : retour des grands prédateurs, multiplication des usages résidentiels, exigences croissantes de tranquillité et adaptation des pratiques agricoles. À force d’ajouter voisins, chiens, moutons et loups dans une même équation, il n’est peut-être pas surprenant que le vase ait fini par déborder. Au fond, les moutons et leurs clochettes ne sont que la partie émergée d’un iceberg où se heurtent des attentes parfois inconciliables.

Une chose est sûre : le juge a fait taire les clochettes, mais il n’aura certainement pas apaisé le voisinage. Les moutons demeurent quant à eux les grands oubliés de l’affaire : au fil de la procédure, ils ont perdu leurs chiens de protection et leurs clochettes, tandis que le loup continue, lui, d’arpenter les campagnes nivernaises.

Source : ⏱ Le Quinzomadaire n°14/2026 est en ligne – Le mouton à clochettes, voisin anormal

📄 S. De Los Angeles, Le mouton à clochettes, voisin anormal .pdf

Reprise de ses biens par le propriétaire : préjudiciable au preneur en place, l’autorisation d’exploiter est refusée

Selon le SDREA de la Lorraine, l’autorisation d’exploiter peut être refusée au repreneur si le projet de reprise entraine une perte de plus de 3 % d’EBE pour l’exploitant précédent.

Dans l’objectif d’agrandir son exploitation, un GAEC avait obtenu l’autorisation implicite d’exploiter une surface dont il était propriétaire, mais dont il avait confié l’exploitation à un autre GAEC. Ce dernier, refusant de libérer les terres consécutivement au congé que le propriétaire lui avait délivré pour reprise personnelle, a demandé en vain l’annulation pour excès de pouvoir de cette autorisation. Il se pourvoit alors en cassation.

Selon lui, l’autorisation d’exploiter aurait dû être refusée dans la mesure où le projet litigieux lui faisait subir une perte d’excédent brut d’exploitation supérieure à 3 %. Par ailleurs, s’appuyant sur le SDREA, il soulignait que le critère relatif à la distance entre le terrain en cause et le siège de son exploitation n’avait même pas été examiné.  

Le SDREA prévoyait, en effet, dans cette situation où propriétaire et preneur en place se disputaient l’exploitation d’un bien, 3 rangs de priorité :

–       le propriétaire jouissait du rang 1 si son projet professionnel était viable et que le preneur en place ne perdait pas plus de 3 % d’excédent brut d’exploitation (EBE) en raison de la reprise ;

–       le rang 2 visait toute autre situation du repreneur hors agrandissement excessif et du preneur en place dont la superficie d’exploitation était inférieure à 1,5 fois le seuil de contrôle par unité de main d’œuvre après reprise ;

–       enfin le rang 3 était consacré aux autres agrandissements du propriétaire.

Et ce classement s’accompagnait in fine de la précision suivante : « l’absence d’étude économique démontrant la viabilité du projet professionnel agricole du repreneur, l’existence d’une perte de plus de 3 % d’EBE pour l’exploitant précédent engendrée par le projet de reprise, la distance au siège d’exploitation du repreneur ou la proximité aux bâtiments d’exploitation du preneur en place peuvent être un motif de refus délivré au repreneur » .

Considérant que cette précision ne faisait que reprendre les conditions de reconnaissance de priorité de rang 1 au propriétaire, la cour administrative d’appel a rejeté la requête du preneur en place. Telle n’est pas l’analyse du Conseil d’Etat. Selon lui l’objet de la précision litigieuse était de départager repreneur propriétaire et preneur en place si tant est qu’ils soient classés au même rang de priorité (en l’occurrence le rang 2), en déterminant les critères selon lesquels l’autorisation peut être refusée au propriétaire.  En l’espèce, l’autorisation litigieuse faisait subir au preneur en place une perte d’EBE supérieure à 3 %, par conséquent, ce dernier était fondé à demander l’annulation de l’arrêt d’appel.

source AGRIDROIT

Entreprise agricole > Contrôle des structures Date : 03 juillet 2026

CE, 5ème chambre, 22 mai 2026, n° 504801

Échange de parcelles agricoles : la réciprocité de jouissance ne constitue pas un bail rural

La mise à disposition réciproque de parcelles agricoles entre propriétaires ne constitue pas une contrepartie onéreuse permettant de caractériser des baux ruraux entre eux.

Deux propriétaires avaient convenu de se céder réciproquement la jouissance de leurs parcelles agricoles, chacun se présentant comme bailleur et preneur dans des attestations de bail verbal. À la suite de la rupture de cet échange, l’un d’eux avait saisi le juge afin de voir reconnaître l’existence d’un bail rural.

La cour d’appel (CA Poitiers, 8 avr. 2025, n° 22/02645) fait droit à la demande et retient que, dès lors qu’il n’est pas prétendu que les parcelles seraient d’une inégale valeur, la mise à disposition par chacune des parties est la contrepartie onéreuse du bail consenti par elles.

La Cour de cassation censure cette analyse. Elle rappelle que la contrepartie onéreuse exigée par l’article L. 411-1, alinéa 1er, du Code rural et de la pêche maritime ne peut résulter de la seule réciprocité des mises à disposition de parcelles entre propriétaires. Dès lors, lorsque chacun concède à l’autre la jouissance de son fonds, ils ne peuvent être regardés comme bailleur et preneur l’un de l’autre au titre de baux ruraux. La cour d’appel a donc violé l’article L. 411-1 du Code rural et de la pêche maritime.

Source Agridroit – Entreprise agricole > Baux ruraux du 06 juillet 2026

Cass. 3e civ., 2 juill. 2026, n° 25-15.803, FS-B

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