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Sur la frontière entre prestation de services agricoles et cession prohibée de droit au bail rural

Source : Quinzomadaire n°20, 16 octobre 2026

Dans cette vingtième édition du quinzomadaire, retrouvez l’édito de Franck Roussel et Isabelle Roussel, « Entreprise de travaux agricoles : jusqu’où le preneur peut-il déléguer ? – Sur la frontière entre prestation de services agricoles et cession prohibée de droit au bail rural » publié dans la Semaine Juridique Notariale et Immobilière n°39 du 25 septembre 2026 avec l’aimable autorisation de l’équipe de rédaction que nous remercions.

Entreprise de travaux agricoles : jusqu’où le preneur peut-il déléguer ? – Sur la frontière entre prestation de services agricoles et cession prohibée de droit au bail rural

Par Franck Roussel docteur en droit, directeur adjoint du Centre de recherches, d’information et de documentation notariales (CRIDON) Sud-Ouest, chargé d’enseignement à l’université de Bordeaux et à l’université de Bourgogne et Isabelle Roussel, diplômée notaire, consultante au CRIDON Sud-Ouest

Solution. – La Cour de cassation se prononce sur les conditions dans lesquelles un fermier peut avoir recours à une entreprise de travaux agricoles, afin de l’aider dans son exploitation, sans encourir le grief d’une cession prohibée de bail rural. Par un arrêt en date du 16 octobre 2025, les hauts magistrats approuvent ainsi une cour d’appel d’avoir souverainement déduit des éléments de preuve qui lui ont été soumis que le preneur, bien qu’ayant recours à des prestataires de services afin de l’assister dans son exploitation, avait exploité personnellement les terres louées, et en avait conservé la maîtrise et la disposition, et retenu, à bon droit, qu’il n’avait pas abandonné leur jouissance à des tiers.

Impact. – Cette décision, bien qu’elle soit inédite au Bulletin des arrêts, mérite de retenir l’attention des notaires. En effet, rapprochée d’un autre arrêt rendu par la même formation de la Cour de cassation en 2024, elle permet – lorsque le fermier recourt à des prestataires de services – de tracer une ligne de partage entre une simple modalité d’exploitation des biens loués d’une part, et un agissement fautif d’autre part.

Cass. 3e civ., 16 oct. 2025, n° 24-16.615, JurisData n° 2025-020087 ; F-D : JCP N 2025, n° 49, act. 1417

Note :

Un arrêt rendu par la troisième chambre civile de la Cour de cassation le 16 octobre 2025 revient sur les conditions dans lesquelles un fermier peut avoir recours à des prestataires de services, afin de l’aider dans son exploitation, sans encourir le grief d’une cession prohibée de bail (V. Cass. 3e civ., 16 oct. 2025, n° 24-16.615 : JurisData n° 2025-020087 ; JCP N 2025, n° 49, act. 1417 ; RD rur. 2025, comm. 42, note S. Crevel ; RLCF 2025, n° 1062-26, p. 32, analyse N. Dissaux ; DEF 15 janv. 2026, n° DEF229I8, p. 13, note D. Krajeski). En l’espèce, la cour d’appel a relevé que la preneuse établissait avoir loué un automoteur afin d’effectuer des traitements et de l’épandage, acheté des apports en blé, orge et colza, commandé des céréales, blés fourragers et produits phytosanitaires, et s’être vu facturer des prestations de stockage. Elle a également retenu qu’elle produisait une attestation certifiant qu’elle conduisait les tracteurs afin de réaliser les travaux agricoles, et que son emploi d’aide-soignante n’était pas de nature à la priver de sa qualité d’exploitante agricole. Dans ce contexte, les hauts magistrats ont approuvé la cour d’appel, qui en a souverainement déduit que ladite preneuse, bien qu’ayant eu recours à des prestataires de services afin de l’assister dans son exploitation, avait exploité personnellement les terres et conservé la maîtrise et la disposition des parcelles, et retenu, à bon droit, qu’elle n’avait pas abandonné leur jouissance à des tiers.

1. Contexte 

L’interdiction de céder le bail rural. – Le bail rural statutaire se distingue à bien des égards des autres baux d’immeubles. Ainsi, par exemple, les dispositions du statut du fermage et du métayage relatives à la transmission entre vifs du bail impriment-elles au droit de jouissance du fermier (ou du métayer) un caractère strictement personnel. En effet, l’article L. 411-35, alinéa 1er, du Code rural et de la pêche maritime pose le principe suivant lequel toute cession de bail est interdite (sauf les cessions consenties, sous certaines conditions, dans le cadre familial, entendu strictement ; V. C. rur., art. L. 411-35, al. 1er, 1re disp.). La sous-location du bail rural est pareillement prohibée (V. C. rur., art. L. 411-35, al. 5). Ce dispositif légal contraste donc avec les solutions retenues par le droit commun des baux (V. C. civ., art. 1717), et par les autres statuts locatifs spéciaux (V. L. n° 89-462, 6 juill. 1989, art. 8. – C. com., art. L. 145-31). Le caractère d’ordre public de direction conféré à ces dispositions (C. rur., art. L. 411-35, al. 7) achève de renforcer le particularisme du statut des baux ruraux.

Les sanctions encourues. – En cas de cession prohibée du droit au bail, le fermier (comme le métayer) s’expose à voir son bail résilié pour faute (V. C. rur., art. L. 411-31, II, 1°). Cette sanction est encourue d’une manière que la doctrine qualifie de « péremptoire », c’est-à-dire que le juge doit la prononcer, sans que le bailleur soit tenu de démontrer qu’elle est de nature à compromettre la bonne exploitation du fonds (V. not. Cass. 3e civ., 6 juin 2019, n° 17-21.335 : JurisData n° 2019-010602 ; Rev. Loyers 2019, n° 3245, p. 412, note Fr. Roussel). La cession consentie en violation des règles légales est également frappée d’une nullité d’ordre public (V. Cass. soc., 29 mai 1959, n° 57-12.561 : Bull. civ. IV, n° 629) de direction (V. not. Cass. 3e civ., 5 mars 1997, n° 95-19.062 : JurisData n° 1997-000889 ; JCP G 1998, I, 113, obs. G. Virassamy ; RD rur. 1998, p. 209, obs. Fr. Roussel). Enfin, le preneur s’expose à une condamnation aux dommages-intérêts résultant de l’inexécution du bail (V. C. rur., art. L. 411-31, II, al. 2. – V. not. Cass. 3e civ., 8 oct. 1985 : JCP N 1986, II, p. 213, obs. J.-P. Moreau). Indépendamment des sanctionsdirectes de la cession prohibée, le preneur s’expose également à un refus de renouvellement du bail (C. rur., art. L. 411-46, al. 3, et L. 411-53 comb.), et à la perte du bénéfice du droit de préemption en cas de vente de l’immeuble loué (C. rur., art. L. 412-1, al. 1er. – Rappr., pour une sous-location irrégulière, la solution étant transposable au cas de cession prohibée, Cass. soc., 27 janv. 1960, n° 58-11.688 : Bull. civ. IV, n° 86, et les arrêts cités). La gravité et la sévérité des sanctions encourues méritent ainsi de retenir l’attention des preneurs et de leurs conseils, notamment lorsque les premiers envisagent de recourir à une entreprise de prestation de services agricoles.

Le recours à des prestataires de services en matière agricole vaut-il cession de bail ? – Le recours, par les agriculteurs, à des prestataires de services agricoles est un phénomène en pleine expansion dans les campagnes françaises (V. not. G. Nguyen, F. Purseigle, J. Brailly et B. Legagneux, Sous-traitance et délégation du travail : marqueurs des mutations de l’organisation de la production agricole : NESE n° 47, juill. 2020, p. 43. – G. Nguyen, F. Purseigle, J. Brailly et M. Marre, La sous-traitance des travaux agricoles en France : une perspective statistique sur un phénomène émergent : Économie et statistiques 2022, 532-33, p. 89). Cette pratique, licite en elle-même, se heurte toutefois au statut du fermage lorsque les terres sont exploitées en vertu d’un bail.

Néanmoins, le fait – pour un preneur à bail rural – de se faire aider par des tiers pour la réalisation des travaux agricoles, fût-ce de manière systématique, ne permet pas en soi de présumer qu’il a véritablement cédé son bail.

Attention :

Conformément au droit commun de la preuve, il revient au contraire au bailleur qui invoque une telle cession d’établir positivement que le preneur a véritablement abandonné la jouissance des biens loués à ce tiers. Or, dans certaines situations, le doute est permis, et on peut se demander s’il ne s’agit pas plutôt d’une simple modalité d’exploitation du fonds affermé.

2. Analyse 

Les faits. – L’affaire est la suivante : par deux actes du 27 décembre 2001, des propriétaires consentent des baux ruraux à long terme sur diverses parcelles agricoles leur appartenant, que la preneuse met à disposition d’une exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) dont elle est associée unique. Suivant acte du 31 décembre suivant, elle constitue avec ses deux frères une autre société, qui procède au rachat du matériel agricole de l’EARL. Puis, à compter de l’année 2010, la preneuse charge cette société de réaliser un certain nombre de travaux agricoles. Après s’être fâchée avec ses frères, elle a recours à deux autres sociétés de travaux agricoles. C’est dans ces conditions que les propriétaires-bailleurs saisissent le tribunal paritaire des baux ruraux d’une demande de résiliation des baux ruraux, pour cession prohibée du droit au bail.

Le pourvoi. – Leur demande ayant été rejetée à hauteur d’appel (V. CA Dijon, 18 avr. 2024, n° 21/00912 : JurisData n° 2024-006438), les bailleurs forment un pourvoi en cassation. À l’appui de celui-ci, ils affirment notamment que la preneuse ne peut se limiter à la direction et à la surveillance de l’exploitation, et qu’elle doit participer personnellement sur les lieux aux travaux de façon effective et permanente. Aussi, il s’ensuit, selon eux, qu’en ayant recours, de façon systématique, à un prestataire de services afin d’exploiter les terres louées, elle a procédé à une cession de bail prohibée. Dès lors, ils reprochent à la cour d’appel de ne pas avoir tiré les conséquences légales de ses propres constatations, et d’avoir ainsi violé les articles L. 411-31 et L. 411-35 du Code rural et de la pêche maritime, dès lors qu’il était établi que la preneuse avait conclu différents contrats de prestations de services de travaux agricoles de l’année 2010 au 15 décembre 2016, pour aussitôt, à partir de janvier 2017, confier les travaux d’exploitation des parcelles louées à d’autres sociétés de travaux agricoles.

La solution retenue. – Cette argumentation (ici résumée) est demeurée sans écho devant la Cour de cassation. Les hauts magistrats remarquent tout d’abord que la cour d’appel de Dijon a constaté que la preneuse établissait avoir loué un automoteur au titre des saisons 2018/2019 afin d’effectuer des traitements et de l’épandage, avoir acheté par le biais de l’EARL en 2015 et 2016, des apports en blé, orge, et colza, avoir commandé de manière très régulière en 2017, 2018 et 2019, des céréales, blés fourragers et produits phytosanitaires, et s’être vu facturer des prestations de stockage. Ils observent ensuite qu’elle a relevé que l’exploitante produisait une attestation du 22 janvier 2021 établie par le maire de la commune, lequel certifiait qu’elle conduisait les tracteurs afin de réaliser les travaux agricoles, tels que la préparation des semailles, le broyage des cailloux, le transport des céréales et de la paille. Enfin, ils soulignent que la cour d’appel a retenu que l’emploi d’aide-soignante de la preneuse n’était pas de nature à la priver de sa qualité d’exploitante agricole. Aussi, estiment-ils que la cour d’appel a ainsi procédé aux recherches prétendument omises, et qu’elle a pu en déduire souverainement que la preneuse, bien qu’ayant recours à des prestataires de services afin de l’assister dans son exploitation, avait exploité personnellement les terres et conservé la maîtrise et la disposition des parcelles. Ils l’approuvent donc d’avoir retenu qu’elle n’avait pas abandonné leur jouissance à des tiers. Le moyen n’étant pas fondé, le pourvoi est rejeté.

Le fondement de la solution. – L’arrêt rapporté s’inscrit dans un courant jurisprudentiel bien établi, qui impose au preneur à bail rural d’exploiter effectivement et personnellement le bien loué. Ainsi, dans plusieurs décisions précédentes relatives à l’interdiction de céder le bail, la troisième chambre civile de la Cour de cassation a-t-elle fait état, d’une part, de « l’obligation du preneur en place (d’)exploiter activement et personnellement » les parcelles données à bail (V., Cass. 3e civ., 4 juill. 2019, n° 18-15.247 : JurisData n° 2019-011951, inédit : RD rur. 2019, comm. 96, note S. Crevel. – Rappr. Cass. 3e civ., 25 avr. 2024, n° 22-19.931 : JurisData n° 2024-007654, inédit : RD rur. 2024, comm. 27, note S. Crevel) et, d’autre part, de l’exigence de leur exploitation effective par le preneur lui-même, c’est-à-dire d’une « participation effective et permanente » aux travaux de l’exploitation (V. not., en cas de mise à disposition de biens loués, Cass. 3e civ., 12 oct. 2023, n° 21-20.212 : JurisData n° 2023-017259 et 21-22.101 : JurisData n° 2023-017257, publiés au Bulletin : D. 2024, p. 247, note J.-J. Barbièri et Fr. Roussel. – Cass. 3e civ., 26 sept. 2024, n° 23-14.685 : JurisData n° 2024-016630, 23-13.893 : JurisData n° 2024-016628 et 23-12.967 : JurisData n° 2024-016629, publiés au Bulletin : D. 2025, p. 434, note Fr. Roussel).

Une solution fondée en droit. – Outre le fait qu’elle s’inscrit ainsi dans une jurisprudence désormais constante de la Cour de cassation, la solution retenue paraît parfaitement fondée en droit. Elle résulte, en effet, de la combinaison de différents textes du Code civil et du Code rural et de la pêche maritime applicables au bail rural. C’est ainsi que la notion de jouissance effective et personnelle du preneur à bail rural s’évince des dispositions mêmes de l’article 1766 du Code civil et des articles L. 411-27, L. 411-31 et L. 411-72 du Code rural et de la pêche maritime. Ces textes imposent en effet au fermier d’exploiter le fonds loué, c’est-à-dire de le cultiver et de l’entretenir, sauf à encourir la résiliation du bail pour faute, et à engager sa responsabilité en fin de bail.

Cette obligation incombant au preneur présente ensuite un caractère personnel très accusé, qui résulte notamment des dispositions des articles L. 411-35 et suivants du même code. En effet, en dehors de la famille du preneur, entendue de manière plus ou moins stricte (V. C. rur., art. L. 411-35, al. 1er, 1re disp. – V. également, plus souple, C. rur., art. L. 412-5, al. 1er), et sauf existence régulière de l’une des conventions prévues par les articles L. 411-35 à L. 411-39 du Code rural et de la pêche maritime, toute association d’un tiers à l’exploitation des biens loués tombe par principe sous le coup de la prohibition des cessions et/ou sous-locations de bail (V. not. Cass. 3e civ., 1er févr. 2018, n° 16-18.724 : D. 2018, p. 881, note Fr. Roussel ; D. 2018, p. 884, note J. François).

Enfin, la jouissance active et personnelle du preneur sur le fonds loué ne se limite pas aux seules direction et surveillance de l’exploitation. Le fermier et/ou le métayer doit, au contraire, participer sur les lieux aux travaux de façon effective et permanente, selon les usages de la région et en fonction de l’importance de l’exploitation. Ces exigences sont énoncées par les articles L. 411-37, III (al. 1er), L. 411-46 (al. 3), L. 411-59 (al. 1er) et L. 412-5 (al. 4) du Code rural et de la pêche maritime.

En l’espèce. – Le recours par le preneur à des prestataires de service afin de l’assister dans son exploitation ne pouvait pas être sanctionné par la résiliation du bail rural sur le fondement des dispositions de l’article L. 411-35 du Code rural et de la pêche maritime. En effet, la cour d’appel a souverainement apprécié qu’il était établi, d’une part, que la preneuse exploitait personnellement les terres et, d’autre part, qu’elle avait conservé l’entière maîtrise et la disposition des parcelles louées. Par conséquent, le simple fait qu’elle exerce une profession non agricole en parallèle ne suffisait pas à caractériser une cession de bail, dès lors qu’aucun abandon de la jouissance n’était intervenu. Or, la loi (V. C. civ., art. 1216), comme la jurisprudence civile ancienne (V. Cass. soc., 30 mai 1960 : Bull. civ. IV, n° 571) et rurale récente (V. not., en cas de mise à disposition de biens loués, Cass. 3e civ., 12 oct. 2023, n° 21-20.212 : JurisData n° 2023-017259 et 21-22.101 : JurisData n° 2023-017257, publiés au Bulletin : D. 2024, p. 247, note J.-J. Barbièri et Fr. Roussel. – Cass. 3e civ., 26 sept. 2024, n° 23-14.685 : JurisData n° 2024-016630, 23-13.893 : JurisData n° 2024-016628 et 23-12.967 : JurisData n° 2024-016629, publiés au Bulletin : D. 2025, p. 434, note Fr. Roussel), imposent qu’une substitution de personnes dans l’exploitation du fonds loué soit caractérisée positivement pour sanctionner par la résiliation une cession prohibée de bail rural (V., sur la question, Fr. Roussel, Mise à disposition irrégulière des biens loués versus cession prohibée de bail rural après l’ordonnance du 13 juillet 2006, in Le droit rural au XXIe siècle : réformes faites, à faire, à (surtout) ne pas faire (dir.) D. Krajeski : Presses de l’Université de Toulouse, coll. Actes de colloques, n° 21, à paraître). La solution retenue doit ainsi être fermement approuvée.

3. Portée

Un arrêt d’espèce ? – En droit strict, l’arrêt du 16 octobre 2025 sous commentaire, comme son précédent direct (Cass. 3e civ., 25 avr. 2024, n° 22-19.931: JurisData n° 2024-007654), constitue incontestablement un arrêt d’espèce (d’ailleurs, aucun des deux arrêts n’a eu les honneurs du Bulletin). En effet, ce sont à chaque fois non seulement les circonstances particulières de l’affaire, mais aussi – et surtout – le travail d’analyse effectué par les juges du fond, qui justifient la décision rendue par la Cour de cassation.

Mais, il doit être relevé que la solution s’appuie très clairement sur un mouvement plus large. En effet, il se dégage en jurisprudence une obligation générale du preneur en place d’exploiter activement et personnellement les biens loués, qui implique qu’il conserve la maîtrise et la disposition des parcelles louées. Or, bien que les articles L. 411-31 et L. 411-35 du Code rural et de la pêche maritime ne l’imposent pas formellement, les juges du fond, comme la Cour de cassation, s’y réfèrent indubitablement dans cette affaire, pour décider que le preneur à bail rural n’a pas, en l’espèce, procédé à une cession prohibée du bail.

L’obligation d’exploiter du preneur à bail rural. À l’origine, les textes applicables au bail rural imposaient seulement au fermier d’exploiter correctement le fonds loué, c’est-à-dire de le cultiver et de l’entretenirraisonnablement. L’obligation d’exploitation effective et personnelle a ensuite été consacrée formellement à l’égard du bénéficiaire de la reprise pour exploiter. En effet, celui-ci doit « se consacrer à l’exploitation du bien repris », « il ne peut se limiter à la direction et à la surveillance de l’exploitation et doit participer sur les lieux aux travaux de façon effective et permanente, selon les usages de la région et en fonction de l’importance de l’exploitation », et « il doit posséder le cheptel et le matériel nécessaires ou, à défaut, les moyens de les acquérir » (ces dispositions résultent aujourd’hui de l’article L. 411-59 du C. rur.). Simultanément, le preneur qui revendique le droit au renouvellement y a également été soumis (C. rur., art. L. 411-46, al. 3, qui renvoie à l’article L. 411-59 du C. rur.). Cette contrainte a ensuite été progressivement imposée au preneur qui met les biens loués à la disposition d’une société d’exploitation agricole, et au bénéficiaire de l’exercice du droit de préemption (ces dispositions résultent aujourd’hui des articles L. 412-12 du C. rur., qui renvoie à l’article L. 411-59, et de l’article L. 411-37, III, du C. rur.).

L’exploitation effective et personnelle par le preneur à bail rural. – Depuis lors, la jurisprudence tend à étendre le champ d’application de cette obligation d’exploitation effective et personnelle en dehors des hypothèses strictement visées par la loi (V., soumettant l’exercice même du droit de préemption à l’exploitation effective et personnelle par le preneur, Cass. 3e civ., 10 sept. 2020, n° 19-11.556, inédit : Ann. loyers, 2020, 11.2020, obs. D. Krajeski), en particulier lorsqu’il s’agit de s’assurer que le preneur à bail n’a pas procédé à une cession prohibée de droit au bail ou à une sous-location.

Remarque :

Le preneur qui entend démontrer qu’il respecte cette obligation doit alors apporter une double preuve : non seulement il participe aux travaux agricoles, mais en outre il a conservé la maîtrise et la disposition des biens loués.

La maîtrise et la disposition des biens loués. – La possibilité de recourir à une main-d’œuvre salariée, permanente ou saisonnière, n’a jamais été contestée au preneur à bail rural. Dans cette hypothèse, il utilise la force de travail de ses employés, lesquels en tant que subordonnés, agissent au nom et pour le compte de leur employeur. En revanche, lorsque le preneur fait appel à un entrepreneur de travaux agricoles, ce dernier agit en tant qu’entité juridique indépendante. C’est dans ce contexte que le preneur, s’ildélèguetrop de tâches et d’initiatives au prestataire, est le plus susceptible de perdre peu à peu « la maîtrise et la disposition des parcelles louées » (V. Cass. 3e civ., 25 avr. 2024, n° 22-19.931 : JurisData n° 2024-007654). C’est la raison pour laquelle la cour d’appel, approuvée par la Cour de cassation, a pris soin de relever que la preneuse avait elle-même acheté des apports en blé, orge, et en colza, commandé des céréales, des blés fourragers et des produits phytosanitaires, et payé des prestations de stockage. Autrement dit, elle avait conservé, en quelque sorte, la direction de l’exploitation. Mais cela n’est pas suffisant.

La participation aux travaux agricoles. – S’il n’est en principe pas interdit à un preneur à bail rural statutaire d’avoir recours aux services d’un tiers afin de l’assister dans la conduite des travaux de l’exploitation, c’est à condition qu’il participe lui-même, de manière effective et permanente, aux travaux de l’exploitation (rappr., concernant le bailleur exerçant la reprise pour exploiter, Cass. 3e civ., 27 nov. 1969 : Bull. civ. III, n° 766. – Cass. 3e civ., 18 juill. 1979, n° 78-12.686 : Bull. civ. III, n° 159 ; D. 1980, IR, p. 102, obs. E.-N. Martine). Ainsi, au regard des textes du Code rural et de la pêche maritime, un « bon » preneur à bail ne doit-il pas se contenter de diriger l’exploitation et de surveiller les travaux réalisés par d’autres. Il doit impérativement « participer sur les lieux aux travaux de façon effective et permanente, selon les usages de la région et en fonction de l’importance de l’exploitation » (rappr. C. rur., art. L. 411-46, al. 3, et L. 411-59, al. 1er comb.).

Attention :

La participation concrète du preneur aux travaux doit donc également être proportionnelle à la taille et à la nature de l’exploitation. Car, à ce jour, le statut du fermage et du métayage, largement exorbitant par rapport au droit commun du bail, ne vise qu’à protéger les « véritables » exploitants agricoles, ceux qui « mettent les bottes » (ou au moins montent dans le tracteur), et non les simples chefs d’entreprises, qui font travailler les autres.

Participation aux travaux et cession prohibée de droit au bail. En ce qui concerne plus particulièrement la cession prohibée du droit au bail, les textes applicables (C. rur., art. L. 411-31 et L. 411-35) n’exigent pas formellement une participationconcrète aux travaux agricoles. Nonobstant, il se dégage en jurisprudence une obligation générale d’exploitation effective et personnelle des biens loués. C’est la raison pour laquelle, en l’espèce, la cour d’appel, approuvée par la Cour de cassation, a pris soin de noter qu’une attestation du maire de la localité certifiait que la preneuse conduisait les tracteurs afin de réaliser les travaux agricoles tels que la préparation des semailles, le broyage des cailloux, le transport des céréales et de la paille. Elle a également relevé que, bien que l’EARL bénéficiaire de la mise à disposition ait vendu le matériel qu’elle possédait, elle avait loué un automoteur.

En ce qui concerne le recours aux ETA. – L’importance et la nature des tâches confiées par le preneur à une entreprise de travaux agricoles (ETA) dans le cadre de l’exploitation du fonds affermé, lesquelles peuvent être très diverses en pratique (V., B. Frécenon, J.-M. Marx et N. Petit, Nouvelles formes de travail en agriculture : min. Agr., CGAAER, Rapp. n° 20090, juill. 2021, p. 11 s.), s’avèrent donc déterminantes (V. également, en ce sens, B. Grimonprez et H. de Ferrière, Le travail agricole à façon : des tribulations à la régulation : Dict. Perm. Entr. agr., Bull. n° 521, sept. 2018, Zoom sur… p. 1, spéc. p. 3). Il se peut, d’abord, que la délégation soit intégrale, et que l’ETA soit véritablement substituée au preneur dans l’exercice de l’activité agricole, comme dans l’arrêt précité du 25 avril 2024. Dans ce cas, le preneur ne conserve pas la maîtrise et la disposition des parcelles louées, lesquelles sont transmises à l’entrepreneur de travaux agricoles. Le fermier encourt alors la résiliation du bail pour faute (pour une cession de bail, V. Cass. 3e civ., 25 avr. 2024, n° 22-19.931 : JurisData n° 2024-007654. – Pour une sous-location prohibée, V. Cass. 3e civ., 18 déc. 2002, n° 01-11.812, inédit).

Au contraire, le preneur peut continuer à diriger lui-même l’exploitation (en décidant des commandes, des semailles et des récoltes), et ne confier à l’entreprise que quelques travaux ponctuels et déterminés. La direction de l’exploitation, comme sa participation aux travaux, continuent alors de constituer la composante essentielle du processus de production agricole, de sorte qu’il ne transfère ni la maîtrise ni l’exploitation des terres louées.

Mais dans les faits, la situation est parfois plus contrastée. Tout est alors question de mesure. Pour écarter la cession prohibée du droit au bail, il convient de s’assurer que le preneur a – malgré tout – conservé la maîtrise et l’exploitation des terres louées. À cet égard, la jurisprudence invite à vérifier non seulement que le preneur continue à prendre les décisions importantes qui rythment la vie de l’exploitation, mais également qu’il participe aux travaux de manière effective et permanente. Le fait que le recours aux services d’une entreprise tierce soit « systématique », ou que le preneur soit pluriactif (il convient alors, en outre, de vérifier que l’activité non-agricole est conciliable avec l’exploitation des biens loués), ne suffit donc pas à caractériser l’abandon de la jouissance par le preneur. L’analyse rigoureuse effectuée par les juges du fond dans cette affaire, reprise point par point par la Cour de cassation, sera d’une aide précieuse. Un rapprochement avec la jurisprudence, fournie, rendue en matière d’exercice du droit de reprise par le bailleur pourra également se révéler utile (Sur ce point, V. not. JCl. Baux ruraux, fasc. 250, par J.-P. Moreau et B. Grimonprez, § 106 et les réf. citées, 12 mai 2025).

Sur la nécessaire évolution de l’obligation d’exploitation du preneur à bail. – Un dernier point mérite un bref développement. Il concerne la pertinence de l’obligation faite au preneur d’accomplir une part non négligeable des travaux matériels d’exploitation sur le fonds loué. Si cette acception de la notion d’exploitation agricole, très primaireen quelque sorte, semble correspondre à la conception qu’en avaient les rédacteurs du statut du fermage et du métayage à l’origine, confirmée et confortée par la réforme opérée par l’importante loi du 30 décembre 1963 (V. L. n° 63-1332, 30 déc. 1963, art. 7 et 9 : JO 31 déc. 1963, p. 11895, subordonnant le droit de reprise du bailleur à la participation effective et permanente aux travaux et – surtout – le bénéfice du droit au renouvellement au respect de cette même obligation), elle peut paraître aujourd’hui obsolète, en droit des baux ruraux comme en droit rural en général (V. ainsi, en matière de contrat de travail à salaire différé, Fr. Roussel : JCl. Rural, V° Successions agricoles, fasc. 10, § 38, 12 nov. 2024).

Remarque :

Cette image de l’agriculture, telle qu’elle existait au siècle dernier, s’accorde mal avec la réalité contemporaine d’une participation plus « intellectuelle » de l’exploitant à la mise en valeur des biens (immeubles), comme à la vie de l’exploitation (entreprise). Les tâches purement administratives (tenue de la comptabilité, gestion administrative et financière, gestion des ressources humaines, démarches administratives diverses, déclarations PAC, commercialisation des récoltes, etc.), qui se retrouvent dans la notion de « maîtrise et disposition des biens loués », sont aujourd’hui aussi vitales pour l’exploitation agricole que les tâches matérielles de culture et d’entretien des terres, voire davantage.

Cette conception ancienne, qui n’envisageait l’activité agricole que sous l’angle de la mise en valeur des terres, ne fait aucun cas de l’exploitation (au sens d’entreprise) agricole moderne, sans laquelle cette mise en valeur n’est pas possible.

Faute d’adoption d’une conception élargie de l’obligation d’exploitation des biens loués (pourvu qu’elle demeure personnelle et professionnelle), le statut des baux ruraux pourrait bien se retrouver en rupture totale avec les nouvelles réalités de l’agriculture moderne.

Sur la notion d’activité agricole. – Plus généralement, c’est la notion même d’activité agricole en droit rural (au sens de l’article L. 311-1 du C. rur.) qui mériterait d’être repensée (que l’on songe aux « retouches » ponctuelles et parfois incohérentes, et aux « permissions » d’exercer des activités commerciales données aux sociétés agricoles, tel en dernier lieu l’article L. 320-1 du C. rur., créé par la loi n° 2025-268 du 24 mars 2025).

La doctrine dans son ensemble s’y montre favorable (V. not. J.-J. Barbièri, Quelle définition de l’activité agricole pour quel statut de l’agriculteur ? in La réforme du droit foncier rural : demander l’impossible, (dir.) B. Grimonprez : LexisNexis, 2018, p. 105, spéc. p. 107 s. -S. Crevel, Statut du fermage : la marche vers de nouveaux équilibres, in La réforme du droit foncier rural : demander l’impossible, préc., p. 153, spéc. p. 157 et s. – B. Grimonprez, La coexploitation agricole, in Mél. offerts à R. Le Guidec : LexisNexis, 2014, p. 673, spéc. n° 12, p. 677).

Mais il appartient au législateur seul de se saisir de cette difficulté, qui touche aux fondamentaux du statut du fermage et du métayage (et plus généralement du droit rural), et concourt directement à l’équilibre subtil de l’ordonnancement juridique en la matière. Faute d’intervention législative, il n’est pas dans le pouvoir des juges d’aller de l’avant.

Date : 16 octobre 2026

La rédaction

Source : Quinzomadaire n°20, 16 octobre 2026

Continuation du bail rural après le décès du preneur : la conformité au contrôle des structures s’apprécie au jour où le juge statue

Source Lexis Nexis du 08/10/2026

Au décès du preneur, le bail rural se poursuit au profit de son conjoint, partenaire de Pacs, ascendant ou descendant remplissant les conditions prévues par l’article L. 411-34 du Code rural et de la pêche maritime. Cette continuation est notamment subordonnée au respect des règles du contrôle des structures. La Cour de cassation précise que la conformité aux exigences du contrôle des structures s’apprécie au jour où le juge statue, et non à la date du décès du preneur.

En l’espèce, après le décès du preneur, son fils avait sollicité la continuation du bail à son profit.

Pour rejeter cette demande et valider la résiliation du bail, la cour d’appel d’Amiens ( CA Amiens, 12 nov. 2024, n° 23/03819 ) s’était placée à la date du décès et avait retenu que le fils ne justifiait pas, à cette date, être dispensé d’une autorisation d’exploiter, compte tenu notamment d’une superficie reprise de 183 ha 53 a 28 ca et de ses revenus extra-agricoles.

La Cour de cassation censure ce raisonnement. Après avoir rappelé sa jurisprudence selon laquelle la continuation du bail au profit de l’ayant droit est soumise au respect des exigences du contrôle des structures (Cass. 3e civ., 2 oct. 2002, n° 01-03.607 ; Cass. 3e civ., 13 juill. 2005, n° 04-12.265 ; Cass. 3e civ., 24 avr. 2013, n° 12-14.579), elle énonce que « cette condition de conformité au contrôle des structures s’apprécie au jour où le juge statue ».

En se plaçant à la date du décès, la cour d’appel a donc violé les articles L. 331-2 et L. 411-34 du Code rural et de la pêche maritime. L’arrêt est cassé sur ce point et l’affaire renvoyée devant la cour d’appel de Reims.

À retenir : la conformité au contrôle des structures s’apprécie au jour où le juge statue, et non au décès du preneur.


Source

Cass. 3e civ., 1er oct. 2026, n° 25-10.310, FS-B

© LexisNexis SA

Reprise de ses biens par le propriétaire : préjudiciable au preneur en place, l’autorisation d’exploiter est refusée

Selon le SDREA de la Lorraine, l’autorisation d’exploiter peut être refusée au repreneur si le projet de reprise entraine une perte de plus de 3 % d’EBE pour l’exploitant précédent.

Dans l’objectif d’agrandir son exploitation, un GAEC avait obtenu l’autorisation implicite d’exploiter une surface dont il était propriétaire, mais dont il avait confié l’exploitation à un autre GAEC. Ce dernier, refusant de libérer les terres consécutivement au congé que le propriétaire lui avait délivré pour reprise personnelle, a demandé en vain l’annulation pour excès de pouvoir de cette autorisation. Il se pourvoit alors en cassation.

Selon lui, l’autorisation d’exploiter aurait dû être refusée dans la mesure où le projet litigieux lui faisait subir une perte d’excédent brut d’exploitation supérieure à 3 %. Par ailleurs, s’appuyant sur le SDREA, il soulignait que le critère relatif à la distance entre le terrain en cause et le siège de son exploitation n’avait même pas été examiné.  

Le SDREA prévoyait, en effet, dans cette situation où propriétaire et preneur en place se disputaient l’exploitation d’un bien, 3 rangs de priorité :

–       le propriétaire jouissait du rang 1 si son projet professionnel était viable et que le preneur en place ne perdait pas plus de 3 % d’excédent brut d’exploitation (EBE) en raison de la reprise ;

–       le rang 2 visait toute autre situation du repreneur hors agrandissement excessif et du preneur en place dont la superficie d’exploitation était inférieure à 1,5 fois le seuil de contrôle par unité de main d’œuvre après reprise ;

–       enfin le rang 3 était consacré aux autres agrandissements du propriétaire.

Et ce classement s’accompagnait in fine de la précision suivante : « l’absence d’étude économique démontrant la viabilité du projet professionnel agricole du repreneur, l’existence d’une perte de plus de 3 % d’EBE pour l’exploitant précédent engendrée par le projet de reprise, la distance au siège d’exploitation du repreneur ou la proximité aux bâtiments d’exploitation du preneur en place peuvent être un motif de refus délivré au repreneur » .

Considérant que cette précision ne faisait que reprendre les conditions de reconnaissance de priorité de rang 1 au propriétaire, la cour administrative d’appel a rejeté la requête du preneur en place. Telle n’est pas l’analyse du Conseil d’Etat. Selon lui l’objet de la précision litigieuse était de départager repreneur propriétaire et preneur en place si tant est qu’ils soient classés au même rang de priorité (en l’occurrence le rang 2), en déterminant les critères selon lesquels l’autorisation peut être refusée au propriétaire.  En l’espèce, l’autorisation litigieuse faisait subir au preneur en place une perte d’EBE supérieure à 3 %, par conséquent, ce dernier était fondé à demander l’annulation de l’arrêt d’appel.

source AGRIDROIT

Entreprise agricole > Contrôle des structures Date : 03 juillet 2026

CE, 5ème chambre, 22 mai 2026, n° 504801

Échange de parcelles agricoles : la réciprocité de jouissance ne constitue pas un bail rural

La mise à disposition réciproque de parcelles agricoles entre propriétaires ne constitue pas une contrepartie onéreuse permettant de caractériser des baux ruraux entre eux.

Deux propriétaires avaient convenu de se céder réciproquement la jouissance de leurs parcelles agricoles, chacun se présentant comme bailleur et preneur dans des attestations de bail verbal. À la suite de la rupture de cet échange, l’un d’eux avait saisi le juge afin de voir reconnaître l’existence d’un bail rural.

La cour d’appel (CA Poitiers, 8 avr. 2025, n° 22/02645) fait droit à la demande et retient que, dès lors qu’il n’est pas prétendu que les parcelles seraient d’une inégale valeur, la mise à disposition par chacune des parties est la contrepartie onéreuse du bail consenti par elles.

La Cour de cassation censure cette analyse. Elle rappelle que la contrepartie onéreuse exigée par l’article L. 411-1, alinéa 1er, du Code rural et de la pêche maritime ne peut résulter de la seule réciprocité des mises à disposition de parcelles entre propriétaires. Dès lors, lorsque chacun concède à l’autre la jouissance de son fonds, ils ne peuvent être regardés comme bailleur et preneur l’un de l’autre au titre de baux ruraux. La cour d’appel a donc violé l’article L. 411-1 du Code rural et de la pêche maritime.

Source Agridroit – Entreprise agricole > Baux ruraux du 06 juillet 2026

Cass. 3e civ., 2 juill. 2026, n° 25-15.803, FS-B

Bail rural : la vulnérabilité du cocontractant peut caractériser l’état de dépendance

Dans un arrêt du 4 juin 2026, la troisième chambre civile de la Cour de cassation juge qu’il n’est pas nécessaire d’établir l’existence d’actes positifs de menace ou de pression pour caractériser la violence au sens de l’article 1143 du Code civil, et que l’état de dépendance peut résulter d’un état de vulnérabilité connu du cocontractant et dont il abuse pour obtenir un avantage manifestement excessif.

En l’espèce, un fils s’est vu consentir par ses parents âgés et affaiblis un bail rural portant sur 72 hectares de vignes et de vergers, ainsi que des biens d’exploitation, pour un loyer d’environ 800 euros par mois, alors que les références du marché faisaient état d’un loyer annuel compris entre 72 000 et 86 400 euros.

La cour d’appel de Bastia annule le bail en retenant que :

  • les bailleurs, âgés et atteints d’une altération importante de leurs facultés physiques et cognitives, se trouvaient dans un état de dépendance connu de leur fils ;
  • le bail prévoyait un loyer très inférieur aux références du secteur vitivinicole corse, caractérisant un avantage manifestement excessif. 

Le preneur forme un pourvoi en soutenant que l’état de dépendance visé à l’article 1143 du Code civil suppose une situation de sujétion à l’égard du cocontractant et la caractérisation de menaces ou de pressions exercées par celui-ci.

Au visa des articles 1130, 1140, 1142 et 1143 du Code civil, la Cour de cassation rejette le pourvoi. Elle énonce, d’une part, qu’il n’est pas nécessaire d’établir l’existence d’actes positifs de menace ou de pression pour caractériser la violence résultant d’un abus de dépendance. D’autre part, elle précise que l’état de dépendance à l’égard du cocontractant peut résulter d’un état de vulnérabilité connu de celui-ci, dont il abuse lors de la conclusion du contrat pour obtenir un avantage manifestement excessif. Ayant constaté l’altération du discernement des bailleurs, la connaissance par leur fils de cette vulnérabilité et la disproportion manifeste des conditions financières du bail, la cour d’appel a pu en déduire l’existence d’un abus de dépendance justifiant l’annulation du contrat.

Source AGRIDROIT Cass. 3e, civ. 4 juin 2026, n° 24-15.070

Requalification d’une convention de vente d’herbes en bail rural

Il résulte de l’article L. 411-1 du Code rural et de la pêche maritime que la cession exclusive des fruits de l’exploitation, lorsqu’il appartient à l’acquéreur de les recueillir, est soumise au statut des baux ruraux à moins que le propriétaire ne démontre que le contrat n’a pas été conclu en vue d’une utilisation continue ou répétée des biens et dans l’intention de faire obstacle à l’application du statut.

En l’espèce, un propriétaire des terres agricoles a assigné un groupement agricole d’exploitation en commun de Forestier (GAEC) devant un tribunal judiciaire aux fins de le voir condamner à lui payer les redevances partiellement encore dues depuis l’année 2013, en application du contrat de vente d’herbes les liant depuis 1988. Le GAEC a sollicité la reconnaissance d’un bail à ferme soumis au statut.

Le GAEC fait grief à l’arrêt de rejeter sa demande tendant à voir qualifier le bail verbal entre les parties de bail rural, d’ordonner son expulsion sous astreinte des parcelles, de fixer l’indemnité d’occupation, de dire que cette indemnité est due depuis l’année 1988 et jusqu’à la libération effective des lieux, de le condamner à régler la somme annuelle de 8 452 euros,

L’arrêt d’appel est cassé. N’a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations et viole L. 411-1 du Code rural et de la pêche maritime, la cour d’appel qui rejette la demande formée par le GAEC, exploitant des terres agricoles, en reconnaissance d’un bail rural, alors qu’elle avait relevé que les parties convenaient d’une occupation de l’ensemble des parcelles depuis 1988, que, depuis cette date, le GAEC, créé en 1983, exploitait de façon exclusive et de manière ininterrompue ces parcelles à usage agricole et que le caractère onéreux de la mise à disposition était reconnu par le propriétaire, qui justifiait lui-même des règlements annuels du GAEC depuis 2006.

Source Agridroit Cass., 3e civ., 2 avr. 2026, n° 24-17.633

Refus de renouvellement pour défaut d’habitation à proximité du fonds loué : exigence de mention du motif dans le congé

Le bailleur qui refuse le renouvellement du bail rural pour défaut
d’habitation à proximité doit mentionner ce motif dans le congé. C’est
ce qu’a jugé la Cour de cassation dans une décision du 21 mai.

En l’espèce, un bailleur a signifié un congé à au preneur refusant le
renouvellement du bail, pour cession et sous-location illicite. Ce
dernier a saisi un tribunal paritaire des baux ruraux en annulation du
congé. Le bailleur a sollicité la validation du congé et, à titre
subsidiaire, le constat du non-renouvellement du bail, pour défaut
d’habitation du preneur à proximité du fonds loué, et en tout état de
cause son expulsion. Pour déclarer bien-fondé le non-renouvellement du bail rural, l’arrêt d’appel (CA Orléans, 23 juillet 2024, n°23/01447) retient que le preneur résidant à 350 km des terres louées, a manqué à l’obligation prévue à l’article L. 411-59, alinéa 2, du Code rural d’occuper une habitation située à proximité du fonds. La
Cour de cassation censure les juges du fond : alors qu’elle avait
constaté que le congé était motivé par une cession et une sous-location
illicites et non par un défaut d’habitation à proximité des terres
louées, la cour d’appel a violé les articles L. 411-46, L. 411-47, L. 411-50 et L. 411-59 du Code rural et de la pêche maritime.
En effet, pour le juge de cassation, le bailleur qui entend s’opposer
au renouvellement du bail pour défaut d’habitation du preneur à
proximité du fonds loué doit mentionner ce motif dans le congé.

Source Agridroit

Statut du fermage 

Solution. – Lorsqu’elle est propriétaire d’un bien grevé d’un bail rural, la SAFER est en droit, à l’instar de tout propriétaire bailleur, d’invoquer les dispositions du statut du fermage pour essayer de remettre ce bail en cause. En l’occurrence, elle a tenté, sans succès pour des raisons tirées de faits de la cause, de s’opposer à une cession de bail motif pris de prétendus manquements passés du preneur en titre.

Impact. – Cet arrêt illustre une problématique contemporaine qui, plus générale, met les SAFER en présence de baux ruraux, lesquels soit grèvent, comme en l’espèce, les biens par elles acquis, soit, comme mis en évidence par une réponse ministérielle quasi contemporaine de l’arrêt commenté, sont mis en avant par des acquéreurs qui entendent se prévaloir de la priorité d’acquisition ouverte aux preneurs en place depuis au moins 3 ans par l’article L. 143-6 du Code rural et de la pêche maritime.

Enfin et plus techniquement, cet arrêt confirme en creux que le défaut d’envoi de l’avis de mise à disposition prévu par l’article L. 411-37 du même code est susceptible de déchoir le locataire de son droit de céder son bail et apprend que l’envoi de cet avis est sans objet pour une société qui n’est pas encore immatriculée.

Cass. 3e civ., 6 nov. 2025, n° 24-18.696 : JurisData n° 2025-019545Note :

Souvent décrié, le statut du fermage peut aussi compter sur des adeptes inattendus, telles les SAFER. A priori, bail rural et SAFER ne font pas bon ménage, soit qu’il grève les immeubles qu’elles acquièrent et fait obstacle à leur rétrocession à des exploitants, soit qu’ils sont invoqués par des acquéreurs prétendant écarter le jeu de leur droit de préemption par application des dispositions de l’article L. 143-6 du Code rural et de la pêche maritime.

L’arrêt commenté met en évidence la première situation. Il en ressort que propriétaire bailleresse d’un immeuble à usage agricole donné à bail rural, une SAFER (la SAFER Hauts de France) avait délivré un congé pour âge à son titulaire, lequel l’a contesté en sollicitant du tribunal l’autorisation de céder son bail à un descendant. Pour résister à cette demande de cession (et conclure à la validation du congé), la SAFER a fait valoir que la locataire de la cause avait commis par le passé, dans l’exécution de son bail, des manquements dirimants à la cession.

Pour ce plaider, la SAFER s’appuyait sur une jurisprudence bien établie en ce sens que doit être déchu du droit de céder son bail le preneur qui ne s’est pas, au cours de la location, « constamment acquitté de toutes les obligations légales ou conventionnelles résultant de son bail » (par ex., Cass. 3e civ., 26 oct. 2022, n° 21-17.886 : JurisData n° 2022-018011 ; RD rur. 2022, comm. 166, note S. Crevel). Ce que le juge appelait jadis, de manière plus moralisatrice, un preneur de « mauvaise foi ».

En l’occurrence, le preneur était accusé d’avoir précédemment mis le bien loué à la disposition d’une société d’exploitation sans avoir adressé à son bailleur, dans le délai imparti par l’article L. 411-37 du Code rural et de la pêche maritime, l’avis d’information prescrit par ce même texte.

Mais ce grief a été écarté, et la cession partant autorisée par le juge d’appel, approuvé en cela par la Cour de cassation, étant constaté qu’à la date de la mise à disposition prétendue par la SAFER, la société n’était pas encore immatriculée et que l’avis avait bien été adressé au bailleur dans les 2 mois de son immatriculation.

Indépendamment de la personnalité particulière du bailleur de la cause, cet arrêt livre au ruraliste deux précisions techniques d’inégale importance. En premier lieu, la Cour de cassation approuve la cour d’appel d’avoir retenu que « l’avis de mise à disposition des biens loués à une société ne pouvait être antérieur à l’existence même de la société », soit à son immatriculation. Cela paraît logique, mais ne signifie pas pour autant que le locataire pourrait librement déléguer l’exploitation du bien loué à un groupement dépourvu de la personne morale (le juge relève d’ailleurs « qu’il ne résultait pas des éléments du dossier une volonté de Mme [P] [J] de collaborer à une entreprise commune sans constituer une personnalité morale »). Il commettrait en ce cas au mieux un défaut d’exploitation personnelle et au pire une cession de bail, soit, dans les deux cas, une exposition à la résiliation péremptoire de son bail.

En second lieu, et c’est sans doute plus important, l’arrêt commenté confirme – a contrario – que le simple défaut d’envoi de l’avis de mise à disposition est susceptible d’entraîner, pour le preneur qui a manqué de respecter cette formalité, la déchéance du droit de céder son bail par application de la jurisprudence précitée. La Cour de cassation n’avait énoncé qu’une seule fois cette règle (arrêt isolé : Cass. 3e civ., 26 oct. 2022, n° 21-17.886 : JurisData n° 2022-018011 ; RD rur. 2022, comm. 166, note S. Crevel) que les praticiens peinent parfois à admettre tant la sanction (l’intransmissibilité du bail à des proches) ne paraît pas proportionnée à la gravité du manquement (un simple défaut d’information).

Comme annoncé plus haut, la SAFER est également susceptible d’être confrontée au bail rural non plus comme bailleresse, mais cette fois comme acquéreur, dans le cadre de l’exercice de son droit de préemption.

Rappelons qu’aux termes du second alinéa de l’article L. 143-6 du Code rural et de la pêche maritime : « Ce droit de préemption [celui de la SAFER Ndlr] ne peut s’exercer contre le preneur en place, son conjoint ou son descendant régulièrement subrogé dans les conditions prévues à l’article L 412-5 que si ce preneur exploite le bien concerné depuis moins de trois ans ».

Un arrêt a mis le feu aux poudres en la matière, par lequel la Cour de cassation avait retenu que quelle que fût la durée de sa location, seul le locataire qui exploitait régulièrement, ie au regard du contrôle des structures, les biens loués était en droit d’écarter le droit de préemption de la SAFER (Cass. 3e civ., 1er déc. 2016, n° 15-23.410 : JurisData n° 2016-025544 ; RD rur. 2018, comm. 2, note S. Crevel).

Et depuis cette décision, les SAFER se prennent parfois, au gré des notifications à la fin de purge de leur droit de préemption, à opérer un contrôle strict du bail qui leur est opposé, ainsi que des conditions de l’exploitation du bien loué, par le locataire réel ou supposé qui entend bénéficier de la priorité d’acquisition légale.

La très récente réponse de la ministre de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire, publiée le 13 novembre 2025 (Rép. min. n° 05269 : JO Sénat 13 nov. 2025, p. 5657), s’inscrit dans le cadre de ce conflit entre droits de préemption. Elle a été fort diffusée dans le monde du notariat qui est, il est vrai, en première ligne (cette réponse a été commentée par P. Gourgue : Defrénois, 12 févr. 2026, p. 13). Cette réponse concerne un point particulier : savoir si le locataire-acquéreur doit, pour bénéficier de la priorité, s’engager à exploiter le bien objet de la notification durant les 9 années suivant son acquisition.

Après avoir posé la distinction, a priori opérante en matière d’obligation d’exploiter post acquisition (quoiqu’à la réflexion l’on pourrait sérieusement en discuter), selon que le locataire acquiert sur préemption ou amiablement le bien par lui pris à bail, l’auteur de la réponse brouille les cartes de manière inquiétante en achevant son propos en ces termes : « Si le preneur n’exerce pas son droit de préemption et qu’il acquiert le bien à l’amiable, alors cette case [exemption au droit de préemption ] ne doit pas être cochée. Dans ce cas, la SAFER a toute légitimité pour intervenir, à l’amiable ou en préemption, si la société l’estime nécessaire ». Comme si la priorité d’acquisition de l’article L. 143-6 du Code rural et de la pêche maritime, n’était ouverte qu’aux locataires exerçant leur droit de préemption (ce que la Cour de cassation n’a jamais dit) ! Cette réponse ministérielle fera l’objet d’un commentaire ultérieur plus complet.

Source : Commentaire par Samuel CREVEL
Rev. dr. rur. 1er avr. 2026, n° 4, comm. 16

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Pas de clause de reprise sexennale lorsque le bail rural est cédé au descendant moins de 6 ans avant sa date d’expiration

Entreprise agricole > Baux ruraux

Date : 18 février 2026

Source :

Cass. 3e civ., 12 févr. 2026, n° 24-22.148, FS-B

Dans un arrêt du 12 février 2026, la Cour de cassation rejette le pourvoi d’un bailleur tendant à l’intégration d’une clause sexennale dans le contrat de bail dès lors qu’une cession de ce bail par le preneur à son descendant était intervenue moins de 6 ans avant sa date d’expiration, de sorte que la clause ne pouvait concerner que le deuxième bail renouvelé postérieurement à cette cession.

En l’espèce, des parcelles avaient été données à bail rural par acte du 14 novembre 1974, renouvelé le 1er septembre 2019 pour 9 ans. Dans un jugement du 4 juillet 2022, un tribunal paritaire des baux ruraux a autorisé le preneur à céder le bail à son descendant, cette cession ayant été établie et notifiée aux bailleurs par acte du 15 février 2023.

En décembre 2022, saisi par les bailleurs aux fins de l’introduction d’une clause sexennale de reprise dans le contrat de bail, le tribunal paritaire des baux ruraux de Châlons-en-Champagne fait droit à leur demande. Il ordonne l’insertion de cette clause dans un jugement rendu le 4 septembre 2023, sur le fondement de l’article L. 411-6 du Code rural et de la pêche maritime qui prévoit qu’« au moment du renouvellement du bail, le preneur ne peut refuser l’introduction d’une clause de reprise à la fin de la sixième année suivant ce renouvellement au profit du conjoint, du partenaire d’un pacte civil de solidarité et ou d’un ou plusieurs descendants majeurs ou mineurs émancipés ». 

La cour d’appel infirme le jugement rendu le 4 septembre 2023 au regard de la date de la cession du bail au descendant. En effet, il résulte de l’article L. 411-8 du même code que si la cession du bail au descendant est intervenue au minimum 6 ans avant le terme, celui-ci est considéré comme ayant bénéficié d’un premier bail. Or la clause sexennale ne peut être introduite, sauf accord du preneur, dans un bail initial et ne peut ainsi être insérée que lors du renouvellement du bail postérieur à la cession. En revanche, si la cession intervient moins de 6 ans avant le terme du bail alors la clause ne peut être insérée au plus tôt que dans le deuxième bail renouvelé postérieurement à la cession.

En l’occurrence, le bail ayant été renouvelé le 1er septembre 2019 pour 9 ans, de sorte que la cession du bail établie par acte du 15 février 2023 était intervenue moins de 6 ans avant la date d’expiration du bail fixée au 1er septembre 2028, le descendant ne pouvait être considéré comme titulaire d’un premier bail. La troisième chambre civile rejette le pourvoi sur la base des articles L. 411-5, L. 411-6 et L. 411-8, dès lors que la clause ne pouvait concerner que le deuxième bail renouvelé postérieurement à la cession.

À retenir : Une clause de reprise sexennale ne peut être introduite, sauf accord du preneur, qu’au cours d’un bail renouvelé et non au cours d’un premier bail ; lorsque le bail a été cédé à un descendant du preneur plus de six ans avant son terme, cette insertion peut avoir lieu au plus tôt dans le premier bail renouvelé postérieurement à cette cession ; dans le cas contraire, cette insertion peut avoir lieu au plus tôt dans le deuxième bail renouvelé postérieurement à cette cession.

Convention d’entretien d’un terrain annexe d’une habitation

La « convention conclue en vue d’assurer l’entretien des terrains situés à proximité d’un immeuble à usage d’habitation et en constituant la dépendance » (V. C. rur., art. L. 411-2) demeure quelque peu méconnue. Elle est pourtant virtuellement importante dès lors que la Cour de cassation retient logiquement que la notion d’entretien visé par le texte peut s’entendre comme l’exercice d’une activité agricole (Cass. 3e civ., 5 sept. 2012, n° 11-19.721 : JurisData n° 2012-020151 ; RD rur. 2012, comm, 71.)

(Cass. 3e civ., 13 mars 2025, n° 23-22.576, inédit)

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